A Paris, le 24 avril 2014






La contrefaçon de la monnaie (cf. ce texte de juin 2013), ou le faux monnayage, est un vieux mot français.

Il paraît à beaucoup dépassé aujourd'hui.

Sa "prégnance" ou son "inconscience collective" - comme la "novlangue" aime à  parler des deux expressions - est pourtant au summum de sa vigueur.

Mais elle est enveloppée du faux mot de "réglementation" et cela contribue à son oubli.

Sa réalité ne peut être niée.


1. Les comptabilités.

Le pire élément de cette vigueur se trouve dans la "comptabilité nationale" et dans les chiffres qui sont développés par les uns et les autres sur la base de celle-ci et qui n'en sont que des résultats choisis, pour le moins au hasard.


La comptabilité nationale n'est pas à confondre avec la comptabilité générale, ni avec la comptabilité fiscale, elle leur est d'ailleurs largement postérieure.

La comptabilité générale (cf. ce texte de juillet 2013) a pour principes les règles de droit, des réglementations imposées à ces dernières et les actes d'échange de marchandises de vous et moi que nous menons, étant donné toutes ces règles.

Elle permet de faire apparaître, ex post, les recettes (offre si ex ante) et les dépenses (demande si ex ante) comptables de chacun dans un compte de résultats ou dans un compte de bilan.

La comptabilité fiscale fait apparaître, en sus, les impôts et taxes en relation avec la comptabilité précédente.

La comptabilité nationale n'a pas pour principes les règles de droit ou les réglementations, mais les résultats des actes d'échange de marchandises que nous avons menés étant donné ces règles et les résultats des actions économiques que l'Etat nous a obligées à faire, qu'il s'agisse d'actes d'échange ou d'actes de production, de consommation, d'investissement ou d'épargne.

En France, elle a vu le jour dans la décennie 1940 (cf. ce texte de 2003).


2. L'équation des échanges économiques hypocrite.

Curieusement, ni la comptabilité générale, ni la comptabilité nationale ne sont mises en relation avec l'"équation des échanges économiques" dont au moins l'une des deux, la comptabilité générale, est un instrument de mesure direct.

L'équation des échanges économiques d'Irving Fisher (1911) est en effet un artifice mathématique permettant de rendre égaux les échanges effectués dans une période de temps par la population des personnes juridiques physiques d'un pays et la quantité de monnaie possédée par celle-ci.

Soit dit en passant, quelques années plus tard, Milton Friedman (cf. texte de 1970) a justifié de la modifier, pour diverses raisons, et la conséquence a été, d'abord, une équation entre le revenu nominal, agrégat de la comptabilité nationale, et la quantité de monnaie en circulation.

Autre conséquence, Friedman a transformé l'équation en relation causale entre la quantité de monnaie en circulation et le revenu nominal.

Selon lui, les variations de la quantité de monnaie ont une influence sur le revenu nominal, lequel cache une variation du revenu réel et une variation du niveau des prix dans des proportions à expliquer (cf. le texte).

Le coût comptable.

Si la comptabilité générale permet de mettre en parallèle les recettes et les dépenses monétaires de vous et moi (cf. ce texte), la comptabilité nationale exclut le parallèle.

En d'autres termes, on peut déduire de la comptabilité générale le coût comptable des actes d'échange en monnaie que vous ou moi avons effectués (autre façon de parler des dépenses ou des charges, cf. James Buchanan 1969), mais cela est ignoré, par définition, par la comptabilité nationale qui s'intéresse à la population.

Tout se passe donc dans l'univers de nos économistes épris de comptabilité nationale comme si la population ne supportait pas de coût comptable du fait des échanges effectués.

Et, de fait, l'équation des échanges-revenus de Fisher-Friedman laisse de côté ce coût comptable et, par conséquent, ses variations.


3. Réglementations oubliées et comptabilité générale.

Reste qu'entre Fisher et Friedman, deux grandes réglementations fondamentales ont été décrétées par les hommes de l'Etat américains et qu'elles n'ont pas fait sourciller Friedman sur la qualité de la relation.
On ne peut que le regretter.

Il s'agit, d'une part, de la création de la banque centrale des Etats-Unis (le "Fed", 1913) et, d'autre part, de l'interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires "dollar" en monnaie-or (1933-34) (cf. ce texte de mai 2011).

Tout s'est passé comme si ces réglementations effrayantes, quoique cachées à l'opinion, n'avaient pas eu d'importance économique et avaient été mises de côté par les hommes de l'Etat américains et leurs économistes, vraisemblablement stipendiés.

Soit dit en passant, il faudra attendre Friedrich von Hayek et son livre intitulé Denationalization  of Money, après tous les travaux antérieurs de Jacques Rueff sur le même sujet (en particulier, le livre intitulé Le Péché monétaire de l'Occident), pour que la situation commence à bouger un petit peu.

Fondées autant sur la crainte que sur un sentiment de dominance des dirigeants américains, ces réglementations ne sauraient avoir diminué ce coût comptable des échanges économiques des Etats-Unis et ignoré par la comptabilité nationale.

A fortiori, la décision du président des Etats-Unis de 1971-73, qui a complété la démarche extravagante de l'interdiction de la convertibilité (cf. ce texte de juillet 2011), ne peut que l'avoir augmenté.

Ne parlons pas de l'"€uro"...


4. La fausse réglementation.

Une chose est certaine: la contrefaçon de la monnaie contre quoi les hommes de l'Etat s'étaient ingéniés à faire comprendre au peuple, dans le passé, il y a bien longtemps, inconsciemment ou non, l'importance de la stabilité de sa valeur, a perduré un temps.

Mais, loin d'être la protection contre les contrefacteurs privés qu'ils avaient fait valoir au travers des réglementations qu'ils imposaient comme le monopole de production de l'un ou l'obligation d'accepter la monnaie par les autres (cf. ce texte sur protection de l'État, incriminations assurant la protection de la monnaie), ils ont inversé la causalité et sont devenus, de fait, les contrefacteurs ... publics.

La contrefaçon publique a été développée, au moyen d'arguments plus ou moins absurdes, par leurs successeurs et a tenu dans des artifices variés (cf. texte ci-dessus).


Le fin du fin de ces artifices épouvantables a été mis en oeuvre au XXè siècle, dans le monde occidental, par des malfaisants qui se sont succédé jusques à aujourd'hui.

Doivent être condamnées non seulement l'existence de la banque centrale et l'interdiction de la convertibilité monétaire qu'il faut avoir en ligne de mire dans ce que cache la comptabilité nationale, mais encore l'existence des institutions monétaires internationales, sans précédent, créées depuis la guerre de 1939-45 et inefficaces.

Et cette contrefaçon a été prise, non pas pour ce qu'elle était, à savoir le vol de propriété de vous ou moi, mais pour de prétendues réglementations monétaires favorables.

En d'autres termes, la comptabilité nationale est un grand mal et devrait être abandonnée.


5. Prix en monnaie, comptabilité générale et réalité approximative.

Malgré ces fausses réglementations monétaires, l'existence tant des prix en monnaie des échanges effectués que de la comptabilité générale n'a pas été perdue.

Elle aurait du amener à cerner le coût des échanges menés que la comptabilité nationale ne peut que cacher.

L'arche sacrée du protectionnisme.

Mais le fait est que, de temps à autre, plutôt que de s'intéresser aux échanges totaux observés d'un pays et de mesurer ce qu'ils cachent, des économistes mettent l'accent sur la balance des paiements de tel ou tel avec l'étranger.

Cette balance - cette arche sacrée du protectionnisme comme aimait à la dénommer Vilfredo Pareto - n'est jamais qu'une prise en considération partielle des échanges totaux du pays en question, à savoir celle de ses exportations et importations, qui procéde de l'emploi d'une quasi-comptabilité générale (cf. pour mémoire ce texte d'août 2009).

Soit dit en passant, au moins en France, il faut savoir que les comptables nationaux osent agréger les "valeurs ajoutées" du "produit intérieur brut" qu'ils construisent et le montant des importations de marchandises pour rendre compte, selon eux, des ressources dont dispose la France!

Pour sa part, le montant des exportations est pris comme un élément de la "demande globale".
Et il suffit d'entendre les journalistes déclamer l'augmentation ou la diminution des exportations de la dernière période pour toucher du doigt sa prétendue importance.

Le scandale de cette démarche est total au regard de la connaissance économique.

Pour sa part, la balance des paiements d'un pays laisse s'attendre à pouvoir mesurer le coût comptable de ses échanges.

Si la balance des paiements est, par définition, la différence entre les exportations et les importations qui ont été observées, le coût comptable est l'addition des coûts des uns et des autres.

Mais, en fait, le coût comptable des échanges est là encore mis à l'écart.


6. Un dernier mot.

En d'autres termes, la comptabilité générale a des défauts quand elle n'est pas employée, comme dans le cas présent, mais ces derniers ne sauraient être comparés à ceux de la comptabilité nationale dont la fausseté est incommensurable.






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