Paris, le 12 juillet 2016.








1. Pourquoi la monnaie.

Pourquoi la monnaie?

Parce que les actes d'échange de choses entre les gens, le commerce, sont coûteux.

Et à l'origine de l'économie politique, les écrivains qui seront dits par la suite des "économistes", étaient sensibles à la question, mais ignoraient la réponse (cf. Ulph et Ulph, 1975, et ce texte d'avril 2014).

Jusqu'à la décennie 1970 (texte de D.K. Foley, 1970), tout cela a été ignoré ou oublié.


2. Intermédiaire des échanges et moyen d'échange font deux.

Dans un monde sans coût d'échange (sans "coût de transaction" si on préfère l'anglicisme...), jamais l'intermédiaire des échanges, du commerce, qu'est ce qu'on a dénommé "monnaie" dans le passé, n'aurait été recherché par les gens, mis en œuvre et n'aurait vu le jour.

a. Absurdité.

Soit dit en passant, il est absurde de dire, comme il l'est si souvent dit, que ce qu'on dénomme "monnaie" (acronyme "CQDM") est un moyen d'échange, sous-entendu "l'échange serait la fin et CQDM le moyen"...

A fortiori, rien ne justifie de faire intervenir une évolution du moyen d’échange comme l’a écrit R.A. Jones (1976).
Jones, R.A. (1976) "The Origin and Development of Media Exchange", Journal of Political Economy, 84.4, août, pp.757-775.

Au départ, l'échange n'a rien à voir avec CQDM. 

Il est préalable à CQDM et non pas le contraire comme il l'est trop enseigné à tort parce que les économistes se placent ex post, les échanges convenus, c’est-à-dire les quantités des marchandises et les prix/quantités unitaires de celles-ci en monnaie accordés.

Il faut faire intervenir un développement de l’intermédiaire des échanges.

b. Amoindrir le coût des échanges, du commerce.

Economiquement, CQDM a contribué, en fait, à amoindrir la valeur que donnait chaque personne aux échanges qu'elle voulait mener, à savoir leur coût.

La référence à CQDM, intermédiaire des échanges récurrent, a fait passer des échanges, implicitement directs (à "double coïncidence des besoins" ou désirs selon l'expression de Jevons, 1870) et, par conséquent, limités aux échanges indirects (expression chère à Mises, longtemps méconnus) a priori moins limités pour beaucoup et sans exclure la pérennité des échanges directs.


3. Coût de la réalité et coût des échanges.

a. Le coût de la réalité.

Rien ne justifie de mettre de côté  le "coût de la réalité".

Il faut entendre par "coût de la réalité" le coût que la personne donne au passage de sa situation à la situation qu'elle préfère et vise.

Le coût de la réalité a nécessairement comme élément le coût donné aux échanges.
Sauf imaginé, il ne saurait lui être inférieur.

b. Coût de la réalité supérieur au coût des échanges en théorie.

Si on suppose que le coût de la réalité est supérieur au coût des échanges, cela signifie qu'il comporte des actes qui sont menés et qui n’ont rien à voir avec le coût des échanges.

Quels sont ces échanges ?

Les économistes en question sont peu loquaces, pour ne pas dire muets, sur la réponse.

c. Coût de la réalité inférieur au coût des échanges en théorie.

Si on suppose malgré tout que le coût donné à la réalité est inférieur au coût des échanges, on se met dans un problème original où des échanges menés en théorie ne peuvent pas avoir lieu en pratique !

Comment justifier cette restriction théorique ?
Est-on dans l'absurde ?

Exemplaire a été la démarche de Léon Walras, au XIXème siècle, qui faisait une analogie entre le concept qu'il dénommait "marché" et les "bourses" observables en pratique des "marchés organisés" (bourse du travail, bourse des valeurs, etc.).

Il n'avait pas conscience que son analogie était d'une rare erreur économique puisqu'il laissait de côté tous les coûts amoindris par les gens qui avaient mis en œuvre la pratique des bourses en question, c'est-à-dire la méthode des marchés organisés ...

Le "pot aux roses" a été véritablement découvert dans la décennie 1960 avec la finalité des "marchés organisés de futures" ou, plus généralement, " ... des dérivés" dans la décennie 1970 (cf. Telser et Higginbotham, 1977).
Telser, L.g. et Higginbotham, H.N. (1977), "organized Futures Markets; Costs and Benefits", Journal of Political Economy, 85, 5, octobre, pp.969-1000.



4. Intermédiaire des échanges et organisation naturelle spontanée font un.

Les échanges directs de choses avaient des coûts "trop élevés" qui empêchaient leurs échanges, et des échanges indirects avec CQDM, jugés de coûts "moins élevés", les ont permis.

Il existe d'autres méthodes visant le même but, à savoir l'amoindrissement du coût des échanges, du commerce, qui se juxtaposent voire s'unissent à CQDM (cf., par exemple, M. Perlman, 1971).
Perlman, M. (1971), "The Roles of Money in an Economy and the Optimum Quantity of Money", Economica, août, pp.233-252

En d’autres termes, CQDM n’était qu’un élément de la notion d’organisation ou d’institution naturelle spontanée découverte par les gens sans la cibler.



5. Produit et facteurs de production.

Reste que CQDM n'est pas tombé non plus du ciel.

Depuis toujours, CQDM a été produit par des gens selon une technique et grâce à l'emploi de facteurs de production.

Il a donc un coût de production (cf. ce
texte de février 2015)...

Ce coût de production a souvent intéressé des économistes qui le considéraient trop élevé, en particulier au lendemain de la guerre de 1914-18 (cf. par exemple ce qu'ont écrit Vilfredo Pareto ou John Hicks à différentes reprises, en particulier en 1897 pour le premier (§ 277), en 1967, soixante-dix ans plus tard, pour le second).


6. La relation ignorée entre le coût des échanges et le coût de CQDM.

Rien ne justifie non plus de mettre de côté le coût de CQDM.

Tout comme le coût des échanges, du commerce ne saurait être supérieur au coût de la réalité, le coût de production de CQDM ne saurait être supérieur au coût des échanges, du commerce.

Loin de là, CQDM est en fait une composante du coût que les gens donnent à leurs actes d'échange, à leur commerce.

CQDM est nécessairement inférieur ou égal au coût des échanges.


Certes, pour une raison ou pour une autre, il peut lui devenir supérieur, mais dans ce cas, il ne pourrait que disparaître (cf. mes textes antérieurs dans ce
blog sur la question de la monnaie et, par exemple, ce texte de décembre 2015) sauf obligation d’accepter CQDM (mais il ne s’agit plus de CQDM mais de CQDM réglementé) et encore...


Reste les malins qui considèrent qu'il revient au même de supposer
- que CQDM n'existe pas ou
- que celui-ci reçoit un coût égal à zéro de la part des gens.

Malheur à eux.

a. L'hypothèse fausse de l'inexistence de la monnaie.

Chaque fois qu'un économiste suppose que CQDM n'existe pas dans son cadre d'étude ou d'analyse, il se place
- dans un cadre d'étude ou d'analyse qu'il imagine, d'une part, et
- où, d'autre part,
1) "tout est plus cher" que la réalité (pratique qui inclut CQDM qu'il connaît),
2) le coût des échanges qu'il y évoque est supérieur au coût de la réalité où il vit,
3) des échanges de marchandises ne peuvent pas se faire en théorie alors qu'ils sont pratiqués dans la réalité.

Il n'est plus à démontrer, en effet, que CQDM a contribué à amoindrir le coût des échanges dans le passé et à améliorer le bien-être de tout un chacun par augmentation des échanges ..., exemple de progrès économique et social.

Mettre de côté la monnaie, supposer qu'elle n'existe pas, c'est mettre de côté ces phénomènes... et avoir un prétendu raisonnement, en fait absurde.

La démarche n'est pas une simplification, mais une complication puisque des échanges sont exclus de ce dont on parle ...

A l'extrême, certains diront que tout ce que l'économiste avance est donc fortement biaisé.

Bien sûr, celui-ci peut toujours s'affranchir de ces "biais", véritables erreurs au demeurant, par divers fausses méthodes.

b. L'hypothèse fausse du "coût de la monnaie" nul.

A l'opposé, des économistes supposent que CQDM reçoit un coût nul, égal à zéro de la part des gens, le plus souvent sans le relier au coût des actes d'échanges, du commerce.

Certes, il n'est plus à démontrer que l'amoindrissement à zéro du coût de CQDM aurait contribué à amoindrir le coût des échanges dans le passé, dans certaines proportions, et à améliorer le bien-être de tout un chacun ..., exemple de progrès économique et social.

Mais il ne permet pas d'en conclure que le coût des échanges est lui-même nul.

Nécessairement, logiquement, le coût de CQDM est inférieur ou égal au coût des échanges dont il est une composante.

Et il ne dit rien sur le coût total des échanges.


7. La théorie économique majoritaire.

Reste qu'en pratique, le coût de CQDM n'est pas nul, le coût des échanges ou du commerce lui est supérieur ou égal, et l'un et l'autre sont inférieurs au coût de la réalité, peu importent les mesures proposées de ces coûts.

De tout cela, la théorie économique majoritaire se moque ou n'en a cure:

a) Le coût de la réalité.

La théorie laisse de côté la notion de coût de la réalité.

b) Le coût des échanges ou du commerce.

Elle laisse, en général, de côté le coût des échanges ou du commerce même si, à l'occasion, elle a développé depuis David Ricardo (XVIII-XIXèmes siècles) le "
principe des coûts comparatifs des nations" ou, si vous préférez, celui de leurs "avantages comparatifs ou relatifs", mais pas celui des avantages relatifs de vous et moi.

c) Le coût de CQDM.

En ce qui concerne le coût de CQDM :
- soit elle le laisse aussi de côté,
- soit elle fait l'hypothèse que le coût est nul (hypothèse monétariste) ;

d) La relation ignorée.

Bref, la théorie économique majoritaire ne met pas en relation le coût des échanges et le coût de CQDM.

A fortiori, elle oublie aussi tout ce qui s'en déduit comme, par exemple, les prix en monnaie des quantités de choses échangées, c'est-à-dire les quantités de monnaie unitaires convenues, sauf à prendre ces derniers pour point de départ du raisonnement économique (démarche qu'ont privilégiée Pareto et ses successeurs, à savoir les économistes de la théorie de l'équilibre économique général - "à la Tirole"- ou les macro économistes qui développent la théorie économique chère aux chefs d'état et de gouvernement) !


8. La théorie de la quantité de monnaie.

La théorie économique majoritaire semble préférer développer l'hypothèse que les variations de CQDM provoquent des variations de même sens des prix en monnaie et des quantités de marchandises échangées, mais dans des proportions qu'elle cherche à déterminer (cf. aujourd'hui la question du "quantitative easing process" et ce
texte d'octobre 2012, en particulier, ce texte de Yves Mersch de juillet 2016).

N'en déplaise aux (néo)monétaristes, voire aux (néo)keynésiens, l'hypothèse n'est ni logique, ni empirique (cf. mes
textes sur la question).

Laissons de côté ce que peuvent en dire les banquiers centraux et leur manque de connaissance de la question.

a) Cette théorie est très ancienne.

La première façon d'en parler avait donné lieu à ce qu'on a dénommé la "théorie de la quantité de monnaie" (cf. Bodin, XVIème siècle).

Selon Carmen Cordobat (2015) pour son travail de thèse de doctorat - « L’effet Cantillon dans la théorie du commerce international (l’impact de la monnaie fiduciaire sur le commerce, la finance et la distribution internationale des patrimoines) » (thèse), université d’Angers, Angers, France -, en 1980, Joseph Salerno distinguait dans son propre travail de thèse de Ph. D. deux grands types de théorie de la quantité de monnaie.

Il y avait la version mécanique de Davanzatti et de Locke, qui a été reprise par Ricardo et Mill, qui égalisait échange d’or et échange de marchandises d’un point de vue mondial.

Il y avait aussi la version de Bodin et de Azpilcueta Navarro qui mettait l’accent sur la marchandise monnaie et sur la valeur qui lui était donnée par les gens.  Elle a été reprise par Viner et Mises (cf. Cordobat, 2015, p.31n).

C’est celle que nous évoquons dans ce travail pour autant que l’alternative précédente est significative.

b) La théorie moderne.

Quoique mal précisée, la théorie moderne repose surtout sur des effets des réglementations étatiques qui ont jalonné les XIX et XXème siècles, à commencer par les réglementations de la décennie 1930 en matière de monnaie et de banques.

Elles ont fait que ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui (acronyme "CQDAMA") est difficilement comparable à CQDM avant 1930 (cf. mon
texte de mars 2016).




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