Paris, le 2 mars 2015.




1. Un demi-siècle.

Murray Rothbard (1962) a eu l'occasion d'être très sévère, mais juste, sur la notion d'"équation des échanges" développée par Irving Fisher (1911).
La notion était bourrée d'erreurs économiques comme il l'a montré dans le chapitre qu'il y a consacré (cf. ce texte d'octobre 2014).

Ses travaux sur le sujet ont été ignorés, au moins en France, en presque totalité.
J'en ai fait les frais.

Dans le monde, ils n'ont pas été écoutés, semble-t-il, quand ils étaient connus.

Aujourd'hui, l'"équation des échanges" continue à être le socle à partir de quoi des économistes, ou prétendus tels, font des calculs.

En particulier, ils calculent les taux de change entre les "monnaies étatiques" pour déterminer les "bons" (cf. Jean Claude Trichet, quand il était responsable de la Banque centrale européenne, qui était sensible au marché du travail...).


2. Le pouvoir d'achat de la monnaie.

Rothbard a laissé de côté certaines autres erreurs de Fisher car elles résultaient de ce qu'il avait dénoncé.

J'en retiendrai néanmoins une, la notion de "pouvoir d'achat de la monnaie".
Je l'ai déjà évoquée dans ce billet (cf. texte d'octobre 2014), mais j'y reviens.

Le pouvoir d'achat de la monnaie, titre du livre de Fisher en question, est en effet exemplaire.

Dégagée de la rationalisation mathématique qu'il en a proposée (la fameuse "p.T = V.M") , la notion reste beaucoup trop ambigüe, pour ne pas dire simplement "rhétorique au mauvais sens du mot", pour en tirer quoi que ce soit.

Sauf à y voir un concept qu'on se donne, autonome..., valeur que lui donnait d'ailleurs, curieusement, Ludwig von Mises, par exemple, dans ce texte-ci:

"The purchasing power of money is determined by demand and supply, as is the case with the prices of all vendible goods and services" (Mises, Human Action, 1996),

la notion de pouvoir d'achat de la monnaie cache trop d'éléments pour ne pas s'y intéresser.

Voyons les principaux éléments abusifs.


3. La personne juridique physique.

Ce qu'on dénomme "monnaie" n'est pas un pouvoir d'achat, c'est la personne juridique physique (P.J.P.), vous ou moi qui lui donnons cette propriété, en nous trompant le cas échéant.


4. Premiers synonymes.

En pratique, le pouvoir d'achat a économiquement des synonymes, tel qu'achat potentiel ou achetabilité ou risque d'achat, qui lui sont aussi données par la P.J.P.

Le premier est ancien, le troisième récent.
Le deuxième est en vérité un néologisme peu utilisé en langue française...


5. Ex post et ex ante.

Jusqu'au début du XXème siècle, la notion d'Aristote sur l'ex post et l'ex ante semble avoir été perdue de vue.

Des auteurs comme G. Myrdal et E. Lindahl l'ont remise à l’ordre du jour économique dans la décennie 1930, en certains pays, en conséquence des travaux de Knut Wicksell (cf. Uhr, 1960, p.313, Sandelin, 2013, p.188).

Et D.M. Lamberton (1971) a associé curieusement l'alternative "ex post - ex ante" d'Aristote, sans s'y référer, à Myrdal et Lindahl dans l'édition "Penguin Modern Economic Readings" (p.11).

Mais, dans d'autres pays, l'alternative n'a pas été oubliée, comme vraisemblablement en France.

. Futur antérieur et espérance auto réalisatrice.

Appliquée au pouvoir d'achat de la monnaie, on ne peut que convenir qu'il était, implicitement, une notion ex post dans la démarche de Fisher.

En toute rigueur, il était un "futur antérieur" cautionnant, sans le savoir, l'idée des espérances de quoi que ce soit par qui que ce soit, auto réalisatrices (cf. ce mot).

Mais la mauvaise démarche de certains économistes, à commencer par Fisher lui-même, a conduit la notion à devenir, alternativement,
 "prévision actuelle", achat ex ante, pouvoir d'achat "au bon sens du mot", pouvoir de demande (en relation avec la notion économique de "marché").


6. La vendabilité de la marchandise.

Le pouvoir d'achat de quoi que ce soit, fût-ce de la monnaie, n'est jamais qu'un des deux aspects du pouvoir de l'acte d'échange de la P.J.P., de l'échange ex ante, du risque d'échange ou de catallaxie (cf. ce texte de janvier 2014).

L'autre aspect est le pouvoir de vente.

Le pouvoir de vente est une propriété comparable au pouvoir d'achat que lui donne la P.J.P.

Le pouvoir de vente a des synonymes comparables, tels que vente potentielle, ex ante, ou vendabilité ou risque de vente ou pouvoir d'offre en relation avec le marché.


A la différence du pouvoir d'achat, le pouvoir de vente a connu fin XIXème-début XXème siècles une notoriété avec le synonyme "vendabilité" (cf. ci-dessus la phrase de Mises qui parle de "vendible goods and services).

Les
premiers "économistes autrichiens" s'intéressant à l'origine de la monnaie ont vu dans la "facilité" avec quoi certaines marchandises étaient plus vendables que d'autres, la raison d'être de la "monnaie".

On regrettera seulement qu'ils aient préféré employer le mot rhétorique "facilité" au vrai mot économique "coût", l'augmentation de la facilité n'étant jamais qu'une façon de parler rhétorique de la diminution du coût de l'échange.

Ce qu'on dénomme "monnaie" est devenu dans la foulée une marchandise intermédiaire...


Pouvoir d'achat et pouvoir de demande, c'est donc la même chose.
Il en est de même de pouvoir de vente et de pouvoir d'offre.
De même, pouvoir d'échange et 
pouvoir de marché ou pouvoir de catallaxie.


7. L'équilibre économique.

Reste qu'en principe, l'acte d'échange de la P.J.P. est une offre de marchandises suivie d'une demande. 
Il n'y a pas "simultanéité" des deux actions sauf l'hypothèse spécifique de la "coïncidence des besoins/désirs" des P.J.P. ou la duperie du langage par les hommes de l'état.

En d'autres termes, la P.J.P. offre des marchandises avant d'en demander, elle a un pouvoir de vente avant d'avoir un pouvoir d'achat.
Sauf hypothèse sur la "coïncidence des besoins/désirs" des P.J.P., l'offre de marchandise d'une P.J.P. va de pair avec une demande émanant d'autrui (P.J.P., c'est-à-dire "marché synallagmatique", ou marché notionnel ou organisé),  puis sa demande de marchandise va de pair avec l'offre d'autrui.

L'acte d'échange de la P.J.P. est donc une succession, un processus qui passe du pouvoir de vente au pouvoir d'achat.


L'équilibre économique général, défini par des économistes et appuyé sur des considérations mathématiques comme égalité de l'offre et de la demande d'un ou plusieurs marchés, n'est jamais que la limite d'un tel processus des actions économiques des P.J.P.

Etant donné ce résultat final, soit attendu économico-mathématiquement, soit supposé dépassé en tant qu' "infini actuel" (cf. ce texte de mai 2012), ce qu'on dénomme "monnaie" et ce que celle-ci cache, à savoir la "non coïncidence des besoins/désirs" des P.J.P., n'ont plus de raison d'être économique.

Il n'y a plus de succession du genre précédent..., donc plus de marchandise intermédiaire monnaie car celle-ci est devenue inutile et ne diminue plus le coût de l'échange (cf. ce texte d'avril 2014)...

. Remarque : cas de l'attente.

On remarquera que, dans le cas de l'attente, ce n'est plus la fin à terme de l'état, pour le bien de vous et moi, cher aux communistes, qui est à attendre,
mais c'est la fin à terme, la disparition, de ce qu'on dénomme "monnaie" et, par conséquent, de ce qu'il cache, à savoir la "non coïncidence des besoins/désirs" des P.J.P.
On aura l'occasion de revenir sur cet étrange point dans un prochain billet.


8. Un dernier mot.

Une chose est certaine : l'équilibre économique général, cher à certains mathématiciens qui se prennent pour des économistes, s'avère en contradiction avec la succession des actions humaines des P.J.P. ou des marchés sauf à faire intervenir, sans le dire ou en le cachant,
- l'infini actuel,
- la coïncidence des besoins/désirs de ceux-ci ou bien, si on préfère,
- la simultanéité par chacun de l'offre et de la demande de marchandises.

Bref, il y a un antagonisme entre le résultat économico-mathématique qu'est l'équilibre économique général et la situation des processus successifs où les P.J.P. s'engagent, harmonie des actions économiques humaines ou des marchés.
L'un est absurde, l'autre est un fait.





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