A Paris, le 1er octobre 2005.

Voici ci-dessous un texte écrit dans le but de la "Cinquième université annuelle du Club de l'Horloge",
Nice, 20-22 octobre 1989,






sur le thème "Le libéralisme au service du peuple".


I. L'état actuel des relations monétaires du peuple avec les hommes de l'Etat.


1. Une monnaie étatique.

Le premier trait caractéristique de l'état actuel des relations monétaires du peuple avec les hommes de l'Etat est que la monnaie disponible, "l'argent" comme disent encore certains aveuglément, qui est utilisée et détenue par le peuple, est étatique.

Quelle que soit sa dénomination (franc français, franc suisse, dollar), la monnaie est émise par un système bancaire hiérarchique, où les banques (dites en France de "second rang" : la Société générale, la BNP par exemple) sont sous tutelle d'une banque privilégiée, la banque centrale (la Banque de France en France).
Des exceptions existent à l'étranger, pour autant elles n'infirment pas l'argument.
La banque centrale est "privilégiée" car elle a reçu des hommes de l'Etat le monopole d'émission des billets sur le territoire national.

Autre privilège : elle impose des règles d'activité aux autres banques sans que celles-ci, en retour, lui en imposent ou en tirent bénéfice. Bien plus, elle peut les faire varier à son gré, d'un jour à l'autre. Si elle constate alors qu'une des banques ne respecte pas les règles, elle la pénalise, la pénalité extrême étant le retrait d'agrément, l'interdiction de poursuivre son activité.

Parmi ces règles, est à signaler l'obligation que les banques ont d'émettre des dépôts libellés dans l'unité de monnaie qu'ont choisie les hommes de l'Etat - l'unité légale - : le franc français en France, le dollar des Etats-Unis aux Etats-Unis par exemple. La Société générale n'a pas par exemple la liberté d'émettre des dépôts libellés dans l'unité "S.G.".

Autre obligation remarquable : l'obligation que les banques ont d'avoir des dépôts à la Banque centrale, en rapport avec leur activité. En d'autres termes, la Société Générale est tenue d'avoir à la Banque de France, sous forme de dépôts, une partie de ces actifs. Et si la Banque de France juge que la proportion est insuffisante et décide qu'elle doit être augmentée, la Société Générale devra obtempérer, sous peine de pénalités.

Pour être complet, il convient de mentionner que la monnaie, qui circule sous forme de pièces (en alliage de métaux), est émise par l'administration des Finances. Celle-ci a les monopoles de la composition des alliages et de la frappe, et la garantie que la banque centrale les lui achètera au prix qu'elle en demande.

Les citoyens de leur côté ont l'obligation réglementaire d'accepter la monnaie billet ou divisionnaire, dans les limites du territoire national, en paiement de ce qu'ils vendent. Ils ont aussi l'interdiction d'en demander la conversion à la Banque centrale.

Il convient de souligner que ces dernières obligations, circonstanciées avec soin quand elles ont été édictées pour la dernière fois, la décennie 1930, par un contexte économique jugé extraordinaire, n'ont pas été rapportées quand le contexte a disparu.

Toutes ces règles, et l'organisation à laquelle elles donnent lieu tant en France que dans le monde occidental du XXème siècle, constituent à égalité avec leurs produits (les monnaies divisionnaire, billet et dépôt) la monnaie étatique.

Aussi faut-il se rendre compte qu'avec la monnaie étatique, par construction, le peuple ne peut pas exercer sa liberté de choix dans le domaine monétaire, ni a fortiori l'affiner au fil de son action comme il y réussit d'ordinaire en Occident dans les domaines non monétaires que ne lui interdisent pas les hommes de l'Etat, ou en cas d'échanges internationaux.

Il est à remarquer à cet égard que, dans les domaines monétaires ou non, où sa liberté est bâillonner, il supporte sans cesse les plus grandes difficultés (sécurité sociale, agriculture par exemple), des difficultés comparables à celles que les peuples de l'Est socialiste connaissent eux dans tous les domaines.


2. Une instabilité des prix en monnaie (autrement dit, des pertes permanentes).

L'état actuel des relations monétaires du peuple avec les hommes de l'Etat a comme second trait caractéristique de posséder, tel Janus, une double face.

L'une est visible et l'objet de tous les commentaires : c'est l'instabilité des prix monétaires, c'est-à-dire, l'instabilité des prix libellés en francs français, en dollars.

A ce propos, une double remarque s'impose. Les prix des monnaies les unes dans les autres, plus connus sous le nom de "taux de change", sont effectivement instables. Par exemple, tantôt le prix du dollar en francs français augmente, tantôt il diminue.
Bien plus, ils ne peuvent être stabilisés par une action des hommes de l'Etat. On sait ce qu'il est advenu de l'expérience des taux de change fixes initiée à la conférence de Bretton-Woods en 1944 : l'explosion à répétition du système monétaire international de 1967 à 1973.
On devine sans peine ce qu'il adviendra du système monétaire européen initié en mars 1979 et on comprend le refus anglais actuel de ce système.

Les autres prix monétaires, c'est-à-dire les prix en monnaie nationale des objets (non monnaies) échangeables, témoignent pour leur part d'une instabilité biaisée car orientée en permanence à la hausse. L'observation révèle qu'ils sont toujours en augmentation, même si les rythmes sont variables selon les pays et les époques.

L'autre face des relations monétaires est cachée et l'objet d'une ignorance exemplaire : ce sont les pertes permanentes que supportent les peuples en détenant la quantité de monnaie étatique disponible.

Les prix augmentant en permanence, toute personne qui détient de la monnaie supporte en permanence une perte de pouvoir d'achat et, en détenant de la monnaie plutôt que des biens (non monnaies) dans son patrimoine, elle supporte une perte de patrimoine.

Mais cette perte n'est pas sèche, elle a une contrepartie. Pour le système bancaire hiérarchique qui a émis la monnaie étatique contre des "non monnaies", et principalement pour la Banque centrale, elle constitue un gain, d'un montant égal en valeur absolue.

Ainsi apparemment, le jeu de la monnaie étatique est à somme nulle, il y a seulement redistribution automatique du patrimoine du peuple au système bancaire hiérarchique, c'est-à-dire, aux hommes de l'Etat. Et la redistribution a lieu apparemment sans coût.


3. Une partie de "vieille fille monétaire".

En fait, presque totalement ignorées du grand public et même parfois des économistes, bien que parfaitement connues depuis au moins Vilfredo Pareto , des pertes d'un second type, autrement graves, frappent le peuple.

A la différence des pertes de patrimoine, ces pertes constituent un coût "sec", un coût de bien-être qui touche tous les citoyens, qu'ils aient choisi ou non de détenir de la monnaie dans leur patrimoine.

Difficile à écrire brièvement en termes simples, sinon en disant que ce coût concrétise la destruction progressive de l'ordre de marché qu'a découverte le peuple, et la création à sa place par les hommes de l'Etat d'une économie dirigiste, ce coût de bien-être peut aussi être suggéré dans toutes ses dimensions au moyen d'un subterfuge qui tient dans une analogie entre le cirque monétaire où le peuple a été impliqué par les hommes de l'Etat depuis maintenant une cinquantaine d'années, et le jeu du "vieux garçon".

Avec l'instauration de la monnaie étatique sous la forme achevée décrite ci-dessus, le peuple a été engagé dans une vaste partie de "vieux garçon". En l'espèce, le "vieux garçon" est la monnaie étatique dans un contexte de prix monétaires croissants. En toute rigueur, pour respecter son genre, c'est la "vieille fille" .

Depuis lors, étant donné la hausse permanente des prix monétaires, la baisse permanente du pouvoir d'achat de la monnaie, les citoyens tentent de se séparer de la monnaie qu'ils ont l'obligation réglementaire d'accepter.
Forts de leur expérience, ils évitent de faire entrer la monnaie dans la composition de leur patrimoine ou dans les contrats qu'ils concluent. Le cas échéant, ils tendent à vivre au jour le jour, ils renoncent à accumuler un patrimoine, à conclure des contrats ou à prendre des initiatives.

Toutes ces décisions arbitrairement contraintes illustrent des facettes du coût de bien-être, que supportent les citoyens incapables d'exprimer leur liberté de choix et de l'affiner.
En d'autres termes, les activités coordonnées jusqu'alors au moindre coût par le marché, voient leur nombre diminuer, des marchés disparaissent. Pour survivre, les activités doivent être inscrites dans le cadre d'institutions moins efficaces, plus coûteuses. L'économie de marché se rabougrit, vole au-dessus d'elle l'économie dirigiste.

Si certains citoyens réussissent dans leur entreprise de fuir la monnaie, et ne détiennent plus de monnaie dans leur patrimoine, la plupart, et en particulier le peuple dans son ensemble, ne peuvent que détenir la monnaieémise.
Vains ou non, les efforts déployés ainsi, qui supposent d'utiliser des ressources, de dépenser du temps, qui auraient pu être affectés à d'autres emplois plus productifs, sont autant d'aspects de la perte de bien -être.

Si échappent d'emblée aux pertes, à ces coûts, les étrangers qui choisissent de retourner chez eux car la monnaie y est à pouvoir d'achat moins instable, les nationaux qui décident de partir pour l'étranger et n'en sont pas empêchés par quelque réglementation, n'y échappent pas : leur expatriation concrétise la facette du coût de bien-être qu'ils supportent.

Comparée au jeu du "vieux garçon", et contrairement à lui, la partie de "vieille fille monétaire" est surtout tragique à de nombreux égards, chacun facette de la perte de bien-être. Quelques exemples.

Dans une partie de "vieux garçon", on a une facilité à se débarrasser du "vieux garçon" qui procède du hasard et de la règle au terme de laquelle les joueurs jouent à tour de rôle. Dans une économie monétaire, sans monnaie étatique, les citoyens ne jouent pas naturellement successivement, selon un ordre arbitraire, mais conjointement, comme ils le désirent ; le marché coordonne leurs activités et permet qu'ils contractent avec bonne foi, pour le meilleur, étant donné ces conditions.
Dans une économie à monnaie étatique, tout concourt à peser aveuglément sur les relations contractuelles des individus, à les faire se suspecter, à les amener non à rechercher l'excellence, mais à fuir l'autre ou le mal qu'est devenue pour eux la monnaie. Cette dénaturation des relations économiques est un aspect de la perte de bien-être.

Dans une partie de "vieux garçon", la facilité qu'on a à se débarrasser du "vieux garçon", n'a pas d'effet sur l'image de celui-ci, sur le "mal" qu'il représente :.c'est le mal , il ne peut varier. Dans la partie de "vieille fille monétaire", il en est tout autrement. Les efforts déployés par chacun pour échapper à la monnaie nourrissent eux-mêmes l'augmentation des prix monétaires comme la théorie l'explique et l'expérience le prouve. Le mal que représente la monnaie n'est jamais absolu, il n'a pas a priori de limites ou, en d'autres termes, celles-ci peuvent être toujours reculées et sont anticipées comme telles.

A cet égard, il convient de stigmatiser le comportement machiavélique des hommes de l'Etat, qui exploitent la situation en émettant toujours plus de monnaie, mais tout en cachant la politique adoptée et en dénonçant les "mauvais" citoyens qu'ils rendent responsables de la hausse des prix. Ils les appelaient "accapareurs" il y a deux siècles, dans la décennie 1790, ils les appellent aujourd'hui "spéculateurs". Pour renforcer le discrédit dans lequel ils veulent les plonger aux yeux de l'"opinion", ils invoquent le cas échéant la "fragilité" des marchés, résultat de leurs comportements irresponsables. Toutes ces attitudes des hommes de l'Etat sont autant de facettes de la perte de bien-être que supporte le peuple.

La partie de "vieille fille monétaire" n'a pas un déroulement susceptible d'être suivie par qui que ce soit, contrairement à ce qui se passe dans le jeu du "vieux garçon". Il n'y a pas au départ un nombre donné, et connu de tous, de paires de cartes à constituer, c'est-à-dire, un nombre donné connu de contrats à conclure, d'initiatives à prendre, bref une capacité.
Par la suite, Il n'y a pas un décompte possible de contrats conclus ou des opérations décidées qui laissent présager la fin du jeu. Il y a seulement une ignorance authentique qui conduit certains à caresser l'espoir insensé qu'ils seront remboursés un jour des pertes qu'ils subissent - surtout si les hommes de l'Etat leur font miroiter la perspective - car ils négligent la perte de bien-être. Dans le même temps, des bribes de connaissance sur la perte de bien-être qui les frappe, annihilent leur volonté de création de richesses, leur esprit d'entreprise, convaincus qu'ils sont de l'anéantissement imminent de l'économie de marché où ils ont vécu jusqu'alors. Autant de facettes de la perte de bien-être.

Les effets de ce cocktail de science et d'ignorance ne sauraient épargner les hommes de l'Etat eux-mêmes de faire des erreurs et de supporter des facettes de la perte de bien-être, comme le prouve l'expérience de ces dernières décennies.

Si, pendant des années, ceux-ci ont en effet regardé en spectateur le déroulement de la partie de "vieille fille monétaire" où ils avaient impliqué le peuple avec la monnaie étatique, à l'image des Romains assistant aux jeux du cirque, certains d'entre eux, sinon tous à l'exception de ceux des Etats-Unis, ont commencé dans la décennie 1960 à faire grise mine en prenant conscience que le plancher de la tribune où ils siégeaient, se dérobaient sous leurs pieds et qu'à leur tour, ils allaient être impliqués dans la partie. La "vieille fille monétaire" devenait pour eux la monnaie des Etats-Unis.
Etant données les règles monétaires internationales convenues au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ils se trouvaient en fait les uns et les autres dans une situation analogue à celle qu'ils faisaient connaître à leurs peuples respectifs depuis la décennie 1930.

Ils étaient contraints à accepter les dollars qui leur étaient offerts en paiements et qui, du fait de l'instabilité des prix en dollars, leur faisaient supporter une perte de patrimoine et une perte de bien-être. La perte de patrimoine était subie par la banque centrale sur son actif, la perte de bien-être consistait en particulier en leur assujettissement à la politique monétaire du Fed.

Bien que longue à venir, leur réaction pour sortir du jeu se fit jour. Elle intervint dans sa phase définitive en 1972-1973 avec l'abandon de la règle des taux de change fixes et des règles connexes.


4. Des risques de perte pour l'individu.

La coexistence observable de la monnaie étatique et, selon les préoccupations de chacun, de l'instabilité des prix ou des pertes permanentes amène les citoyens à rapprocher celles-ci et celle-là, et, à la lumière du libre arbitre qui leur reste, à en tirer des règles d'action. Seuls ceux qui vivent naturellement à l'instant présent, sans se soucier du futur, échappent à cette attitude.

Le résultat est que chacun acquiert des anticipations et en particulier imagine que les prix futurs seront plus élevés qu'aujourd'hui. De la sorte, chacun a conscience aujourd'hui qu'il court des risques de perte, du fait de la monnaie étatique. Et ces risques le rendent méfiants.

Distinguons à ce propos deux comportements :
- le comportement des personnes qui négligent les risques de perte de bien-être pour porter leur attention sur les seuls risques de perte de patrimoine ; et
- le comportement des personnes qui sont d'abord sensibles aux risques de destruction de la civilisation occidentale, de la création du totalitarisme, sans nécessairement négliger les risques de perte de patrimoine.

5. Une méfiance dans la monnaie.

Les personnes qui ont le premier comportement, seront méfiantes dans la monnaie tant qu'elles ne seront pas couvertes (dédommagées ou indemnisées) contre le risque de perte de patrimoine quand il se réalise. Pour celles-ci, d'une certaine façon, l'instabilité des prix est une donnée, une réalité insurmontable qu'il serait vain d'essayer de modifier et dont il vaut mieux s'accommoder.

Ces personnes peuvent à leur tour être classées en deux catégories :
- celles qui demandent à être protégées par les hommes de l'Etat, c'est-à-dire, que ceux-ci les dédommagent comme ils le font pour d'autres "catastrophes naturelles" ; et
- celles qui cherchent à se protéger par elles-mêmes, par les moyens traditionnels que la civilisation occidentale a mis au point au fil des siècles et qu'on appelle aujourd'hui "marchés non spot" - marché à terme et d'options -.

Les personnes qui ont le second comportement et ne voient pas dans l'instabilité des prix une fatalité, seront méfiantes dans la monnaie tant que son pouvoir d'achat ne sera pas anticipé stable. Parmi celles-ci, il convient de distinguer :
- celles qui sont plus méfiantes parce que la monnaie est quelque chose que les hommes de l'Etat leur disent difficile à gérer, que de nombreux facteurs non politiques font obstacle à sa bonne gestion, et que l'instabilité des prix est le résultat inévitable de cette gestion difficile ; et
- celles qui sont plus méfiantes parce que la monnaie est étatique, aux mains des hommes de l'Etat, parce qu'elles voient comme cause des risques de perte qu'elles courent des facteurs politiques, comme leur emprisonnement dans une partie de "vieille fille monétaire" et l'action monétaire des hommes de l'Etat.

A la méfiance des personnes pour cause de risques naturels ou pour cause de gestion difficile de la monnaie, bref pour causes non politiques, les hommes de l'Etat ne peuvent rester indifférents et ne le sont pas restés.
Avec l'aide d'économistes, ils ont inventé les moyens d'y remédier. Ils disposent désormais, dans leur apanage, de méthodes, de politiques comme ils disaient hier, de stratégies comme ils disent aujourd'hui, pour rendre confiance dans la monnaie. Elles seront évoquées brièvement dans un premier temps.

A la méfiance des personnes pour cause de méfiance dans la monnaie étatique, dans l'action monétaire des hommes de l'Etat, bref pour causes politiques, des économistes aussi ne restent pas indifférents même si les hommes de l'Etat tentent de les discréditer. Ils ont découvert et mis en évidence les démarches que les citoyens, le peuple, ont, à leur initiative, pour recouvrer confiance dans la monnaie. Elles seront évoquées dans un second temps.

Ce serait une erreur de croire que ces stratégies et ces démarches, bref ces scénarios d'action, sont équivalents. Par exemple, les politiques ne peuvent qu'achopper auprès des incrédules qui se méfient de l'intervention des hommes de l'Etat, et qui ont de bonnes raisons de ne pas y croire puisque la monnaie est déjà étatique. Est-ce que ce caractère qu'elle a reçu, ne lui a pas été donné pour favoriser la stabilité des prix et la confiance ? Ne devrait-il pas suffire ? Pourquoi l'enfouir sous un amas grandissant d'autres stratégies ? Curieuse façon de procéder pour cacher l'échec de l'intervention de l'Etat.

De même, auprès des personnes qui ont confiance dans l'action des hommes de l'Etat, les démarches qui veulent écarter ceux-ci, seront regardées avec sévérité, elles seront qualifiées de "sauvages" ou "extrémistes".

Les personnes qui veulent pour leur part une protection contre le risque de perte de patrimone et qui ignorent le risque de perte de bien-être auquel elles sont exposées, ne comprendront pas qu'on parle de protection contre le risque de perte de bien-être et qu'on donne la priorité à celui-ci.

En d'autres termes, les scénarios possibles suscitent des oppositions, raisonnées ou aveugles, qui empêchent de parler de leur équivalence. Selon les critères retenus, un même scénario sera préféré ou abhorré par le peuple.

Un terrain d'entente minimum existe néanmoins sur les critères à retenir : l'efficacité économique (le non gaspillage des ressources rares) et la tradition de l'homme occidental (liberté, responsabilité, propriété, épargne et contrat), une fois le mirage de la justice sociale évanoui.

Au regard de ces critères, on verra que domine tous les autres scénarios l'une des démarches à l'initiative du peuple, à savoir la liberté de la monnaie, la monnaie concurrentielle, la mise en concurrence de la monnaie étatique par des monnaies non étatiques, bref le "laissez-faire monétaire".


II. Les politiques, apanage des hommes de l'Etat, pour faire disparaître la méfiance dans la monnaie.

Les hommes de l'Etat disposent de deux politiques génériques pour protéger le peuple qui leur fait confiance contre les risques de perte qu'il court du fait de la monnaie étatique et, par conséquent, pour faire disparaître sa méfiance dans la monnaie. L'une consiste dans le versement d'un intérêt à la monnaie et l'autre dans la réduction des facteurs non politiques qu'ils présument être cause des risques de perte.

Au regard des risques de perte et des protections fournies contre ceux-ci, ces politiques ont des avantages et des inconvénients qui, comme on le montrera schématiquement, conduisent à accorder une supériorité au versement d'intérêt comme politique à suivre pour rendre confiance dans la monnaie.

1. Le versement d'un intérêt à la monnaie.

Il a été dit ci-dessus que la perte de patrimoine que supporte le peuple du fait de la monnaie représente pour le système bancaire hiérarchique un gain de même montant en valeur absolue. Etant donné cette situation, le versement d'un intérêt à la monnaie a pour principe l'indemnisation, le dédommagement du peuple pour la perte de patrimoine qu'il supporte.

L'application du principe conduit à la redistribution par le système bancaire du pouvoir d'achat qu'il a acquis "abusivement".

Les modalités d'application possibles sont évidemment multiples : on peut décider de fixer ex ante ou ex post les caractéristiques de l'indemnisation, on peut fixer un taux ou un montant, on peut vouloir que l'indemnisation soit partielle ou totale. Bref, le risque de perte de patrimoine peut, au gré des hommes de l'Etat, être seulement réduit ou totalement annulé.

Des problèmes pratiques se posent néanmoins. A qui verser l'intérêt ? au détenteur à une date donnée, d'un jour, d'une semaine, d'une année ? Quand verser l'intérêt ? continûment, périodiquement, une fois par période (semaine, mois, trimestre, année) ? Quel indicateur du pouvoir d'achat de la monnaie, quel indice de prix ? l'indice des prix à la consommation , l'indice des prix de gros, un autre indice ? Comme Pareto, je dirai ;

"nous ne traiterons pas ce sujet, car c'est là une de ces questions de pratique que nous nous sommes interdits de discuter ici.
Pour résoudre un tel problème, il y a lieu de considérer toutes les conditions économiques et autres ; et la solution peut être différente suivant les différents pays" (Pareto, 1896, pp. 252-253).


Il reste que ces difficultés existent et ne sauraient être passées sous silence. Elles sont coûteuses à surmonter et leur coût est à déduire du dédommagement que pourrait offrir la politique.

2. La politique macroéconomique.

Si la politique du versement d'intérêt exclut qu'on puisse agir directement sur l'instabilité des prix monétaires, la politique macroéconomique repose sur l'hypothèse contraire.

Son principe est que l'instabilité des prix n'est pas une fatalité, qu'il est possible de la déduire, voire de l'annuler, et qu'en procédant ainsi, on réduit non seulement le risque de perte de patrimoine, mais encore le risque de perte de bien-être auxquels est exposé le peuple.

Deux grands types de politiques sont à considérer :
- les politiques dites de stabilisation ;
- la politique de destruction des thermomètres.

A. Les politiques de stabilisation.

A partir de la décennie 1930, des économistes ont expliqué que les hommes de l'Etat avaient à leur disposition une panoplie de moyens pour en particulier stabiliser le "niveau des prix" (variable théorique introduite pour l'occasion), autre expression du pouvoir d'achat de la monnaie.

Le principe des politiques de stabilisation se trouve ainsi dans les manuels de macro-économie. C'est la politique mélange de politique monétaire et de politique budgétaire (elle-même mélange de politique fiscale, de politique de dépenses publiques et de politique de financement du solde budgétaire). Elle veut que telle action budgétaire des hommes de l'Etat, couplée ou non avec telle ou telle action monétaire, aura un effet bénéfique sur l'instabilité du niveau des prix et, par conséquent, réduira les facteurs non politiques des risques de perte auxquels le peuple est exposé, ce qui lui devrait redonner confiance dans la monnaie.

B. La politique de destruction des thermomètres.

Le principe de cette politique n'est pas en fait de réduire les facteurs non politiques de l'instabilité des prix, mais d'en cacher au peuple l'existence en détruisant ou en interdisant les moyens qui lui permettraient de les connaitre.

L'application de ce principe conduit à :
- la fixation, l'immobilisation ou le blocage (par décret) des prix, des taux d'intérêt et des taux de change ; ou
- la fixation, la limitation (par décret) des quantités échangeables, productibles ou consommables ; ou
- la fixation par décret des taux de variation maximum ou minimum des prix et des quantités.

Les modalités d'application sont là encore multiples. Certaines soulèvent des problèmes techniques parfois insurmontables.

Il reste que si cette politique annule le risque de perte de patrimoine, ce n'est qu'apparence et que,loin de réduire le risque de perte de bien-être, elle l'accroit comme on va le voir ci-dessous.


3. Supériorité comparative du versement d'intérêt à la monnaie.

Du point de vue de la protection contre le risque de perte de patrimoine, la politique de versement de l'intérêt est supérieure à toutes les autres politiques. Si les hommes de l'Etat le décident, le peuple peutêtre indemnisé à 100 % en cas de réalisation du risque. Ils peuvent lui donner ainsi une véritable "sécurité sociale monétaire".

Certes, des questions se posent, leurs solutions nécessitent que des ressources soient utilisées et leur emploi grevera le montant de l'indemnisation.
Néanmoins, en dépit de ces coûts, la sécurité contre le risque de perte de patrimoine pourrait atteindre un chiffre compris entre 90 et 100 %.

Il en est tout différemment des politiques macroéconomiques. Même s'ils le désirent, les hommes de l'Etat ne peuvent avec certitude fixer les prix et donner ainsi la sécurité monétaire.
Avec la politique de destruction des thermomètres (politique de contrôle des changes ou de blocage des prix et des revenus) par exemple, qui semble a priori efficace, des "marchés noirs" vont se créer et les prix qui en résulteront seront différents des prix officiels "fixes". La juxtaposition des prix "noirs" et des prix "officiels" que ne manquera pas de faire le peuple, révélera la réalité de l'instabilité monétaire et l'inefficacité de la politique.

Quant aux politiques de stabilisation, l'expérience prouve qu'elles ne réussissent jamais à stabiliser les prix et témoigne de leur inefficacité.

Du point de vue de la protection contre le risque de perte de bien-être, toutes les politiques se valent si on s'attache à leurs effets précités. Le versement d'intérêt tend à créer l'illusion de la stabilité des prix (si l'indemnisation proposée est à 100 %), l'illusion qu'il n'y a pas de risque de perte de patrimoine. En particulier, elle fait disparaître les anticipations de variations de prix du peuple insensible au risque de perte de bien-être et sa méfiance dans la monnaie.

Les politiques macroéconomiques font miroiter la stabilité future des prix. En particulier, elles font disparaître les anticipations de variations de prix du peuple sensible à la parole donnée des hommes de l'Etat et, le cas échéant, sa méfiance dans la monnaie.

Les politiques se distinguent en revanche les unes des autres si on prête attention à leurs effets seconds. Toutes faussent en définitive les anticipations de prix du peuple. Faut-il se féliciter d'action qui viseà amoindrir la lucidité de l'individu ? N'est-ce pas une facette nouvelle du risque de perte de bien-être auquel il est exposé ?

Avec la politique de versement d'intérêt, ni les hommes de l'Etat, ni le peuple ne s'engagent. Tout peut se produire, rien n'arrête les actions des uns et des autres puisqu'il y aura indemnisation. C'est l'impunité et l'irresponsabilité si l'indemnisation est à 100 %. Tout laisse à penser que le risque de perte de bien-être s'accroit dans ces conditions, sans aucune protection du peuple contre celui-ci.

Les politiques de stabilisations sont tout autant maléfiques à cet égard. Leur exécution peut être utilisée pour faire accepter la spoliation des détenteurs de monnaie, leur non indemnisation. C'est le prixà payer du "bon vouloir" des hommes de l'Etat pour stabiliser les prix, diront certains.

La politique de destruction des thermomètres suscite par exemple marché noir, queue, émeute, désertification de région, autant de phénomènes dont n'informent pas les prix ou taux de change bloqués (dont on se rend compte ex post), mais qui constituent chacun une facette nouvelle du risque de perte de bien-être.
Cette politique accroit ainsi le risque de bien-être dans des proportions sans commune mesure avec le risque de perte de patrimoine qu'elle élude, et ne fournit parallèlement aucune protection contre celui-ci.

En d'autres termes, aucune des politiques n'a d'action déterminante pour protéger contre le risque de perte de bien-être, pour éviter la destruction probable de la civilisation occidentale, la création vraisemblable de la civilisation totalitaire. Aucune ne protège le peuple de ce point de vue.

Dans ces conditions, au regard de la méfiance dans la monnaie à faire disparaître, compte tenu de l'indemnisation de la perte de patrimoine que peut seule réaliser la politique de versement d'un intérêt à la monnaie, cette politique présente sur la politique macroéconomique une supériorité et est à préférer.


III. Les démarches, à l'initiative du peuple, pour recouvrer confiance dans la monnaie.

Pour reprendre la terminologie précédente des politiques des hommes de l'Etat susceptibles de le protéger contre les risques de perte et, par conséquent, de faire disparaître la méfiance dans la monnaie, on peut dire que le peuple a, à son initiative, deux démarches génériques analogues pour recouvrer confiance dans la monnaie. S'il choisit l'une, il se protège contre le risque de perte de patrimoine en se mettant dans une situation monétaire équivalente à celle qu'il connaîtrait si le risque n'existait pas, en se donnant l'illusion qu'il ne court pas le risque. La démarche elle-même consiste dans l'échange sur les compartiments "non spot" des marchés indiciels.

S'il choisit l'autre, il se protège effectivement contre les risques de perte en réduisant, non plus les facteurs non politiques des risques, mais les facteurs politiques qu'il présume être cause de leur existence. La démarche consiste dans la reprise en mains des hommes de l'Etat.

Ces deux démarches, qui peuvent bien évidemment être suivies par les citoyens qui ont une confiance aveugle dans l'action des hommes de l'Etat, intéressent en priorité les citoyens qui redoutent le caractère étatique de la monnaie et le jugent noeud des facteurs politiques de l'existence des risques. Ils ont compris que, plus que les facteurs non politiques invoqués par les hommes de l'Etat, le caractère étatique de la monnaie et ce qu'il implique, les risques politiques, donnent naissance à l'instabilité du pouvoir d'achat de la monnaie, des prix monétaires, aux pertes qu'ils supportent en permanence. C'est ce caractère qu'il leur parait essentiel d'encadrer, voire de supprimer dans la mesure de leur connaissance technologique. A chaque citoyen de découvrir la méthode la meilleure.

Il reste qu'au regard des risques et des protections qu'elles procurent contre ceux-ci, les deux types possibles de démarche présentent des avantages et des inconvénients. Comme on le montrera schématiquement, la comparaison de ceux-ci conduit néanmoins à reconnaître la supériorité de la monnaie concurrentielle, démarche spécifique ouverte au peuple pour réussir à réduire à la fois tous les risques et, par conséquent, pour lui permettre de recouvrer confiance dans la monnaie.

1. L'échange sur les compartiments "non spot" des marchés indiciels.

Le principe de cette démarche rejoint celui de la politique du versement d'intérêt à la monnaie. Il tient comme celle-ci dans l'indemnisation du peuple pour les pertes de patrimoine qu'il supporte quand les risques se réalisent. Mais il s'en distingue dans son application.

Contrairement à la politique du versement d'intérêt à la monnaie, la démarche n'est pas arbitraire, ni autoritaire, mais spontanée et volontaire. Elle conduit à la "redistribution" par le marché du pouvoir d'achat que le système monétaire étatique acquiert abusivement, au bénéfice des détenteurs de monnaie piégés.

En effet, aucun citoyen ne saurait connaître le futur. Mais à défaut de le connaître, les hommes ont découvert, au XIXè siècle, une démarche susceptible de se le donner en partie : ce sont les compartiments non spot des marchés (trop rapidement qualifiés de marchés à terme). Ces compartiments permettent de fixer aujourd'hui les prix des échanges, convenus aujourd'hui et qui auront lieu demain, à la date convenue.

Et la démarche a été affinée au fil des efforts consentis en dépit des obstacles que lui mettaient dans son évolution les réglementations artificielles des hommes de l'Etat. Aux compartiments à terme d'un marché ont été juxtaposés ainsi des compartiments d'options qui permettent aux citoyens d'éviter de commettre des erreurs ou de corriger celles qu'ils feraient en échangeant sur le terme .

C'est ainsi que dans la décennie 1970, l'abandon forcé du système monétaire international construit en 1944-45 n'a pas eu tous les effets désastreux qu'il aurait du avoir grâce à l'émergence des compartiments non spot des marchés des monnaies étrangères et des titres financiers aux Etats-Unis. Il est à remarquer qu'à cette occasion le peuple est venu en aide au désarroi des hommes de l'Etat, à l'angoisse des banques centrales, qui regardaient démunies l'effondrement de leurs constructions.

Décennie 1980, c'est l'émergence des compartiments non spot de nouveaux marchés (marchés d'instruments financiers du type indice) et en particulier l'émergence aux Etats-Unis d'un compartiment non spot sur indice de prix, sur "taux d'inflation".

Le compartiment à terme du marché d'indice du niveau des prix permet en principe à tout citoyen des Etats-Unis ou détenteur de dollars de se donner le pouvoir d'achat futur du dollar. Il lui suffit d'échanger sur le compartiment des contrats proposant l'indice au terme qu'il désire.

L'échange conclu, quoiqu'il arrive jusqu'à la date convenue, l'indice convenu définit des prix monétaires futurs stables, un pouvoir d'achat de la monnaie stable. Le citoyen n'a plus à avoir de méfiance dans la monnaie puisqu'il ne court plus (en principe) de risque de perte de patrimoine. La perte qu'il peut connaître sur la monnaie qu'il détient, est compensée au fur et à mesure par le gain qu'il réalise sur le contrat qu'il passe à terme.

S'il anticipe des prix futurs plus élevés qu'aujourd'hui, il achète à terme l'indice et se trouve ainsi protégé (totalement ou partiellement).

Si l'indice futur est égal, le jour de son achat à terme, à l'indice sur le compartiment au comptant, et si ses anticipations ne sont pas erronés, il est totalement immunisé contre le risque. .Dans la mesure où l'indice acheté est supérieur à l'indice au comptant, il supporte une perte de patrimoine spécifique dont le montant se trouve donné et vient en déduction de son immunisation : il est alors seulement protégé (couverture inférieure à 100 %).

Mais le citoyen n'a pas une connaissance exacte du futur et a conscience qu'il peut se tromper. Les compartiments d'options vont lui permettre de réduire ses risques d'erreur. S'il anticipe, avec un risque d'erreur qu'il redoute, la perte future de pouvoir d'achat de la monnaie, le citoyen a tout intérêt à échanger sur le marché des options d'achat en achetant une option d'achat de l'indice. Bien évidemment, l'achat d'option est un coût pour le citoyen et ce coût grève la protection qu'il prend.

De même que les modalités d'application de la politique du versement de l'intérêt à la monnaie posent des difficultés, de même les modalités d'application de l'échange sur les compartiments non spot soulèvent des problèmes. En particulier, elles supposent qu'existent et fonctionnent les compartiments. Or ces marchés n'existent pas toujours.

La France par exemple les ignore encore alors qu'y sont apparus récemment des compartiments non spot dans le marché des indices de prix d'actions (indice OMF 50 et indice CAC 40).

En revanche, ils ont émergé aux Etats-Unis au début de la décennie 1980. Ce fut d'abord un marché à terme sur indice des prix à la consommation, qui vit le jour sur le New-York Coffee Sugar and Cocoa Exchange. Rapidement, il fut supplanté par un marché sur taux d'inflation.

Si les compartiments n'existent pas, c'est que parfois les hommes de l'Etat les interdisent ou les soumettent à des règles exorbitantes (droit d'entrée, quantité minimale, terme autorisé maximum peu éloigné) qui les empêchent de fonctionner.

C'est aussi que la connaissance technique est encore insuffisante ou que tout concourt à ce qu'elle le reste à cause de règles parasites.

Condition plus déterminante : il faut que le permette l'état des compartiments où les citoyens ont la possibilité de faire connaître leurs anticipations de prix et ainsi de tenter de se protéger contre les variations qu'ils prévoient. A cet égard, il convient de souligner que si tous les citoyens anticipent la hausse des prix en monnaie, bien évidemment,les échanges ne pourront se faire car il n'y aura pas de contrepartie, d'offre.

Sauf si...le système monétaire étatique et, en particulier la Banque centrale, font la contrepartie, c'est-à-dire, offrent à terme l'indice, et permettent au marché d'être en équilibre, forts de ce qu'ils affirment, que les anticipations des citoyens sont erronées, de ce que leur action monétaire n'est pas inflationniste, qu'ils s'engagent à maintenir les prix en monnaie stables, et qu'il faut que le peuple ait confiance dans leur parole. A la Banque centrale de remplir le devoir qu'elle affiche et de vendre à terme l'indice en contrepartie.

Au lieu d'acheter à terme l'indice, il se peut que les citoyens choisissent d'acheter des options d'achat sur l'indice.  Là encore, à la Banque centrale et au système monétaire étatique à prendre leurs responsabilités et faire la contrepartie sur les compartiments non spot ou la diversité des anticipations n'est pas suffisante pour qu'ils trouvent un équilibre.

Ainsi, s'ils existent et fonctionnent, les compartiments non spot des marchés indiciels permettent au peuple d'être protégé contre les pertes de patrimoine probables tout comme il peut l'être avec la politique de versement d'intérêt.

Autre différence essentielle : les compartiments offrent le support d'une procédure contractuelle, de marché, qui fixe ex ante les conditions du versement du montant de l'indemnisation au lieu d'une procédure dirigiste (qui les fixe ex ante ou ex post).

Autres différences :
- les citoyens ont l'obligation d'avoir des anticipations, sont tenus de prévoir les prix futurs et à ce titre de ne pas perdre de vue leurs responsabilités, leur dignité d'être pensants, d'y rester sensibles ;
- tous les citoyens, informés des anticipations de prix du marché, acquièrent une vision du futur que ne leur donne pas la politique de versement d'intérêt.


2. La reprise en mains des hommes de l'Etat.

Le principe de cette démarche ouverte au peuple n'est plus de tenter de se protéger contre les effets désastreux de l'action monétaire des hommes de l'Etat, mais de limiter les dimensions de la source d'où ils émanent, à savoir l'action elle-même.

Toutes les voies, fournissant la limitation en question, peuvent être réduites à deux grandes catégories : - la réglementation de l'action monétaire des hommes de l'Etat et
- la remise en liberté de la monnaie et la déclaration de la monnaie concurrentielle.

A.La réglementation de l'action monétaire des hommes de l'Etat.

Le principe de cette démarche est d'isoler les responsabilités monétaires des hommes de l'Etat et de les empêcher de mener les actions qu'ils jugent bon, en toute impunité. Trois démarches sont en fait envisageables.

La première réside dans l'institution d'un bien comme référence monétaire, à l'exclusion, en théorie au moins, de toute intervention gouvernementale. Cette démarche rassemble par exemple Rueff et Rothbard à des nuances près. Rueff préconise implicitement, au long de ses écrits (cf. Claassen et Lane,1977-1981), une monnaie internationale couverte uniquement par un objet, indépendant de la volonté des hommes de l'Etat, et une monnaie nationale couverte par cet objet et par des créances à court terme libellées en monnaie nationale. Pour cette raison, il n'est pas erroné de dire que Rueff est favorable à l'étalon-or, mais il est restrictif d'assujettir sa position à l'or, alors que ce qui lui importe est tout étalon qui fasse intervenir un objet "non falsifiable" par les hommes de l'Etat.

Rothbard (1962) a une position plus extrême que Rueff. Il refuse une monnaie nationale qui ne soit pas couverte à 100 % par de l'or. Il est favorable à l'élimination du terme "dollar" (pour la monnaie des Etats-Unis) et à l'utilisation des termes de poids comme gramme d'or ou once d'or pour désigner l'unité monétaire. Il désire aussi que soit rétabli la liberté de la frappe du métal.

La deuxième démarche consiste à charger une banque centrale, indépendante de l'Etat, du contrôle de la (quantité de) monnaie. Pour l'instant, cette démarche n'a pas été véritablement développée.

La troisième démarche revient à faire voter, à chaque période législative, un ensemble de règles strictes, limitant par avance la marge d'initiatives dont peuvent disposer les autorités monétaires.
Pendant longtemps, cette démarche a été soutenue par Friedman (1976) qui en parle en ces termes :

"Il me semble qu'un telle règle constitue la seule solution réalisable et à notre portée, si nous voulons faire de la politique monétaire un des piliers de notre société libre, et non une menace pour ses fondations" (Friedman, 1976, p 295).


B.Faire remettre la monnaie en liberté et déclarer la monnaie concurrentielle.

Le principe de la démarche est que la monnaie n'est rien d'autre que le nom donné à un type d'objets qui sert de moyen de paiement et de moyen de calcul, bref à un pouvoir d'achat généralisé.

A cet égard, la monnaie est un objet comme un autre, c'est-à-dire, quelque chose de très spécifique, sui generis ou idiosyncratique, dont les caractéristiques - celles qu'on connait pour l'instant - ne sauraient être confisquées par les hommes de l'Etat comme elles le sont actuellement. Au contraire, elles devraient être largement exploitables par n'importe qui afin qu'elles puissent bénéficier au peuple (et non le perdre) et afin que celles qui sont encore inconnues aujourd'hui, ne restent pas étouffées éternellement.

L'application de ce principe permet au peuple de tirer le meilleur parti de la monnaie, de se porter émetteur de monnaie s'il le désire ou de pouvoir choisir, parmi plusieurs, la monnaie qu'il veut utiliser ou détenir.

Les modalités d'application de ce principe sont on ne peut plus simples. Ce sont celles qui président aux destinées du domaine non monétaire de l'économie libérale : libre concurrence des émetteurs de monnaie, mise en concurrence des émetteurs de monnaie par les utilisateurs-détenteurs sur la base des monnaies qu'ils produisent. A chaque citoyen de concurrencer les systèmes étatiques existants dans l'émission de monnaie,à chaque banque la liberté de se retirer de la hiérarchie bancaire en vigueur, à la Banque centrale à apporter au peuple la preuve que la monnaie qu'elle émet , est la meilleure.


3. Supériorité comparative de la monnaie concurrentielle.

Tout comme le versement d'intérêt à la monnaie n'est pas en opposition avec les politiques de réduction des facteurs non politiquesdes risques de perte - on l'a écrit ci-dessus, il semble que Maurice Allais (1987) préconise leur combinaison -, l'utilisation des compartiments non spot indiciels n'est pas contraire aux démarches de reprise en mains des hommes de l'Etat, de réduction des facteurs politiques des risques de perte dont ils surchargent le peuple.

Ces démarches se complètent harmonieusement comme le révèle d'ailleurs l'expérience. L'émergence des marchés non spot indiciels n'est-elle pas pour une bonne part, fille de l'effondrement, au début de la décennie 1970, de l'étatisme à l'échelon des relations monétaires internationales, c'est-à-dire, fille d'une forme biaisée de la monnaie concurrentielle qui ne pouvait plus être réprimée par le dirigisme public occidental ?

Ces deux démarches se complètent d'ailleurs beaucoup plus harmonieusement encore que leurs homologues, apanage des hommes de l'Etat, pour la raison que contrairement aux facteurs non politiques des risques, les facteurs politiques sont faciles à identifier puisqu'ils tiennent dans la monnaie étatique et, par conséquent, à faire disparaître, au moins sur le papier. Cette caractéristique justifie la supériorité relative accordée ci-dessus au versement d'intérêt et la complémentarité que nous faisons valoir maintenant pour les compartiments non spot indiciels et les démarches de réduction des facteurs politiques des risques de perte.

Il serait vain dans ces conditions de comparer ces démarches au regard de l'efficacité de la protection qu'elles apportent contre les risques. Seules méritent de l'être les démarches de réduction des facteurs politiques.

A des degrés divers, le peuple a eu ces dernières démarches dans le passé pendant des périodes de temps plus ou moins longues. Il s'avère que, chaque fois qu'il a du les abandonner, c'est sous la pression des hommes de l'Etat qui lui faisaient valoir des événements extraordinaires (révolution, guerre) et lui expliquaient que ceux-ci exigeaient leur abandon. La dernière fois s'est située dans la décennie 1930.

Pour ces raisons, les avantages et inconvénients des démarches sont comparables à la fois d'un point de vue théorique et d'un point de vue expérimental. Mais on envisagera essentiellement ci-dessous le point de vue théorique et, à cette fin, on citera les points de vue respectifs de plusieurs économistes.

Au regard de la protection contre le risque de perte de patrimoine, la comparaison tourne court. Ce type de risque n'intéresse pas directement les démarches. Les intéresse seule la place à accorder, selon les cas, aux compartiments non spot indiciels. Celle-ci sera importante si on admet que l'instabilité des prix peut être grande (cas de la démarche de Friedman). Celle-ci sera faible si on admet que la stabilité des prix est la règle (cas de l'étalon-or et de la démarche de Rueff ou de Rothbard, ou cas de la monnaie concurrentielle).

Au regard de la protection contre le risque de perte de bien-être, la comparaison est complexe. Les démarches font intervenir des techniques. Celles-ci nécessitent pour fonctionner que des ressources soient utilisées. A ce titre, elles sont coûteuses. Mais elles procurent au peuple en contrepartie des services comme celui d'être protégé contre la perte de pouvoir d'achat, c'est-à-dire au total un bénéfice.

Toute la question est de savoir si des techniques plus efficaces ne pourraient pas être employées, si des techniques qui consommeraient moins de richesses ne pourraient être mises sur pieds.

Dans cette perspective, certains "experts" ont proposé dans la décennie 1920 d'économiser l'or et ont été écoutés. Des créances libellées en monnaie étrangère sont ainsi entrées légalement dans la définition des réserves des systèmes bancaires hiérarchiques nationaux. On connait la suite.

Ce précédent, et d'autres raisons qu'on peut passer sous silence pour abréger, amènent Rothbard à s'opposer à Friedman et à l'Ecole de Chicago sur la question des réserves, aspect de la démarche instituant un bien comme référence monétaire. Rothbard voit dans une monnaie couverte à 100 % par le bien référence monétaire, la morale de l'économie de marché. Non couverte ainsi, elle constitue pour lui unvol, une fraude, bref un détournement de fonds au détriment du peuple. Pour Friedman, c'est seulement une technique de manipulation de l'offre de monnaie. En d'autres termes, pour Rothbard, et non pour Friedman, le peuple est exposé à un risque de perte de bien-être (l'atteinte à la morale de l'économie de marché) dès l'instant que la monnaie n'est pas couverte à 100 %.

Quel que soit le pourcentage de couverture, Hayek (1978) n'est pas favorable à l'étalon-or dans l'absolu. Mais comme il l'écrit, tant que la gestion de la monnaie est aux mains des hommes de l'Etat, le seul système sûr est l'étalon-or (Hayek, 1978, p. 126). Il rejoint en cela Rueff.

Hayek préconise la monnaie concurrentielle, la mise en concurrence de la monnaie étatique car il explique que, de cette concurrence, naîtra (ou naîtront) la (ou les) meilleure(s) monnaie(s). La monnaie étatique, telle qu'on la connait, interdit ou presque cette évolution. De ce seul point de vue, elle expose donc le peuple à un risque de perte de bien-être spécifique (l'impossibilité d'évolution).

On ne connait pas l'avenir. Pourquoi voter un certain taux de croissance de la quantité de monnaie ? comme le suggère Friedman. Rien ne permet d'affirmer l'efficacité de la démarche. De plus, comme l'explique Hayek, toute réglementation est source d'incertitude, la fixation d'un taux de croissance ne fait pas exception. Ces incertitudes inhérentes à la démarche de la réglementation de d'action monétaire des hommes de l'Etat et contre lesquelles il ne peut rien, sont pour le peuple des risques de perte de bien-être supplémentaires.

La libre production de monnaies exclut à la fois l'instabilité des prix et un coût de production élevé. La monnaie mauvaise chasse la bonne quand le prix des monnaies est fixé arbitrairement par les hommes de l'Etat. Sinon, quand il est libre, la mauvaise ne peut émerger, il n'y a pas d'ailleurs alors de mauvaise et de bonne monnaie. Et quand il est libéré, elle ne peut que disparaître, chassée par la bonne, surtout si l'entrée sur le marché des monnaies est libre, si de nouveaux producteurs ne se voient pas interdire de produire une monnaie (ou une autre) à meilleur coût, et si le peuple ne se voit pas obliger de détenir la mauvaise. A cet égard, le peuple est protégé contre des risques de perte de bien-être par la démarche de la monnaie concurrentielle.

Certes, comme l'évoque Salin (1982), il y a un risque d'émission excessive de monnaie et un risque de défaillance (ou de faillite) des producteurs quen'élimine pas la monnaie concurrentielle a priori et que certainsévoqueront pour condamner la démarche. Ils oublieront que ces risques, inhérents à toute activité créatrice et contre lesquels des protections existent, sont négligeables par rapport aux garanties que retire le peupledu monde de liberté où elle lui permet de vivre.

Néanmoins, Rothbard n'est pas favorable à la libre émission de la monnaie (cf. Rothbard, 1989). Pour justifier sa position, il rappelle ce qui s'est passé au Chili, le siècle dernier, après que Courcelle-Seneuil eut convaincu les autorités de ne plus interdire la "banque libre". Le résultat (prévisible selon lui) se produisit : le Chili prit le bateau de l'inflation, un bateau qu'il n'avait pas connu auparavant. On remarquera que Rothbard n'insiste pas sur la guerre que le Chili connaîtra peu après et sur les conséquences économiques de celle-ci, dans son diagnostic.

Plus extrême, Maurice Allais est favorable au monopole d'Etat : "Si l'on veut pallier les défauts majeurs du système de crédit, il convient de le réformer profondément. Cette réforme doit s'appuyer sur deux principes fondamentaux :
- le domaine de la création monétaire doit relever de l'Etat et de l'Etat seul. Il convient de lui donner la maîtrise totale de la masse monétaire.

- Il convient de rendre impossible toute création monétaire autre que celle de la monnaie de base, de manière que personne en dehors de l'Etat, ne puisse bénéficier des faux droits résultant actuellement de la création de monnaie bancaire (Allais, 1987, p.81).

Soulignons à ce propos que la démarche de la monnaie concurrentielle s'oppose à la politique de la monnaie étatique dans la mesure où moyen de paiement et unité de compte émis par l'Etat définissent une monnaie produite par un monopole réglementaire. Mais l'opposition s'arrête là. Ainsi , la monnaie concurrentielle n'exclut pas la monnaie étatique en tant que moyen de paiement-unité de compte parmi d'autres, offerts par la puissance publique, et concurrençant loyalement sans privilège, les moyens de paiement et unités de compte offerts par les autres producteurs du marché et élargissant l'éventail de choix des détenteurs de monnaie. En n'obligeant pas qui que ce soit, la monnaie concurrentielle réduit le risque de perte de bien-être et favorise ainsi l'émergence de la confiance dans la monnaie.

Dans la mesure où la réglementation de l'action monétaire des hommes de l'Etat n'abroge pas l'obligation d'acceptation de la monnaie étatique par le peuple, elle favorise la destruction des citoyens à petit feu, l'anéantissement de leurs facultés de choix monétaires et de l'exercice de ces facultés. En particulier, elle les condamne à ne pas les améliorer au fil des jours. En d'autres termes, et contrairement à la monnaie concurrentielle, elle ne les protège pas contre le risque de perte de bien-être, la réalisation de ce risque devrait être pour eux une certitude.

Au total, pour toutes ces raisons liées à la non protection contre le risque de perte de bien-être, la démarche de la monnaie concurrentielle, complétée ou non par l'utilisation des marchés non spot indiciels, présente une supériorité indéniable par rapport à la réglementation de l'action monétaire des hommes de l'Etat, pour que le peuple recouvre confiance dans la monnaie.


IV. Comment rendre confiance dans la monnaie ? L'évidence de la monnaie concurrentielle.

Etant donné toutes les actions (politiques ou démarches) précédentes destinées soit à faire disparaître la méfiance dans la monnaie, soit à recouvrer confiance en celle-ci, laquelle ou lesquelles soutenir et conseiller ?

S'agissant des politiques, apanage des hommes de l'Etat, a été montrée ci-dessus la supériorité de la politique de versement d'un intérêt à la monnaie relativement à la politique de stabilisation, la moins mauvaise des politiques de réduction des facteurs non politiques prétendus des risques auxquels le peuple est exposé et qui créent sa méfiance.

S'agissant des démarches, à l'initiative du peuple, est apparue dans le paragraphe précédent la supériorité de la monnaie concurrentielle (elle-même compatible avec l'utilisation des compartiments non spot des marchés indiciels) relativement à la réglementation de l'action monétaire des hommes de l'Etat, l'autre démarche susceptible de réduire les facteurs politiques des risques que court le peuple et qui engendrent sa méfiance.

Pour être complet, il reste à comparer les efficacités respectives de la politique de versement de l'intérêt et de la démarche de la monnaie concurrentielle. Une raison théorique et une raison pratique rendent évidente l'efficacité supérieure de la monnaie concurrentielle et conduisent à conseiller celle-ci pour que, de nouveau et définitivement en l'état de la connaissance, monnaie et confiance du peuple ne soient plus antagonistes.

1. La supériorité théorique comparative de la monnaie concurrentielle.

La raison théorique tient dans la supériorité théorique comparative de la monnaie concurrentielle au regard de la protection contre le risque de perte de patrimoine et contre le risque de perte de bien-être.

Il a été vu ci-dessus que la politique de versement d'intérêt avait un effet sur l'instabilité des prix attendue. En créant et entretenant l'illusion de la stabilité des prix, elle fait perdre de vue au peuple la réalité et détruit ses anticipations de prix.

Au contraire, avec la monnaie concurrentielle, l'illusion n'a pas droit de cité. L'instabilité attendue, si tant est qu'elle puisse exister dans un contexte concurrentiel, suscite la concurrence monétaire et la concurrence la fait disparaître, empêche qu'elle affleure à la surface de l'actualité.

Ainsi, la démarche de la monnaie concurrentielle exclut que le peuple court un risque de perte de patrimoine particulier tandis que la politique de versement d'intérêt l'indemnise en partie, ou en totalité, de la perte (au coût de fonctionnement près de la politique).

Du point de vue du risque de perte de bien-être, il en est tout autrement. Le versement de l'intérêt a deux effets : non seulement il ne protège pas contre le risque de perte existant, mais il l'accroit en détruisant les anticipations de prix, fruits de la responsabilité de l'individu qui refuse de vivre au présent, à l'étable.

La monnaie concurrentielle exclut l'apparition de ces effets. Bien plus, du fait de la concurrence et des innovations que traditionnellement celle-ci suscite, elle laisse l'individu anticiper des gains de bien-être, a priori difficilement imaginables, autant de chances de réduction des coûts de bien-être.

Voilà pourquoi la monnaie concurrentielle est une démarche supérieure à la politique de versement d'intérêt. Mais il y a d'autres éléments moins immédiats à insérer, qui renforcent cette conclusion.

Relisons Maurice Allais :

"Certains pourront dire qu'une économie à monnaie stable serait préférable à une économie recourant à un système d'indexation généralisée, mais une longue expérience montre qu'il n'a jamais été possible d'assurer la stabilité de la valeur de la monnaie [...]. Il importe de bien comprendre la nature du système d'indexation généralisée qui est proposé. Il ne s'agit pas d'enserrer l'économie dans un système de contraintes incompatibles et impossibles à supporter. Il s'agit simplement de rétablir pleinement le principe de l'honnêteté des contrats, en en assurant un application tout à la fois efficace et équitable" (Allais, 1987, p. 81).

Maurice Allais n'exagère pas quand il écrit qu'une longue expérience montre qu'il n'a jamais été possible d'assurer la stabilité de la valeur de la monnaie".
Mais précisons la proposition en y ajoutant qu'il en est ainsi depuis que les hommes de l'Etat prétendent l'assurer. Qu'en était-il auparavant ? Des éléments ont été donnés ci-dessus, d'autres peuvent être apportés en complément.

Remarquons d'abord qui le leur a demandé ? Personne.
Au nom de la protection et du fait de circonstances extraordinaires (guerre, révolution), ils ont dit aux citoyens qu'il était de leur devoir de s'occuper de la monnaie et on sait ce qu'il est advenu.

Le rétablissement du principe de l'honnêteté des contrats n'est possible qu'à condition que les hommes de l'Etat respectent eux-mêmes ce principe, qu'ils commencent par montrer l'exemple, qu'ils soient responsables de l'action monétaire qu'ils poursuivent. Cela suppose qu'ils puissent être placés devant les tribunaux par le peuple comme le sont les chefs d'entreprise qui ont rendu disponibles des produits de mauvaise qualité. Une monnaie étatique de valeur instable est un produit de mauvaise qualité.

Ce n'est pas par plaisir qu'un chef d'entreprise vend des produits qui s'avèreront non consommables, et se voit acculé à la faillite ou à la prison, après avoir été traîné devant un tribunal. La personne ne crée pas une entreprise pour que celle-ci soit mise en faillite, ou pour produire de mauvais produits. Mais elle sait que, si la situation se produit, elle sera responsable. Et elle prend le risque.

De la même façon ,on peut penser que les hommes de l'Etat ne mettent pas toujours en circulation de la monnaie pour que les prix monétaires augmentent ou qu'il y ait une dévaluation, bien que ... Seulement, à la différence des chefs d'entreprises, ils savent que si une telle situation se produit, ils ne seront pas sanctionnés, ils ne peuvent être mis en faillite et encore moins en prison.

Dans ces conditions (et pour cette seule raison s'il n'en fallait qu'une), il convient que les hommes de l'Etat n'aient pas entre leurs mains la monnaie. Il convient qu'ils se renferment d'abord dans le rôle d'assurer l'ordre public, et la loyale exécution des contrats que les citoyens auront conclus entre eux, dans tous les domaines possibles et imaginables.

S'ils veulent émettre de la monnaie, libre à eux de le faire, mais qu'ils n'interdisent pas à qui que ce soit l'activité. Qu'ils acceptent la concurrence et la limitation de leur liberté par leur responsabilité, une responsabilité que fera surgir la concurrence.

Il est hors de notre propos de critiquer, en tant que telle, l'action de hommes de l'Etat. Mais il convient de souligner que des individus, dans leur fonction d'homme de l'Etat, se permettent d'entreprendre des actions qui en définitive sont une caricature de l'entreprise, de l'action humaine, un très mauvais exemple pour le peuple. Est-il moral que des individus exercent leur liberté, mais refusent que leur responsabilité soit mise en jeu quoi qu'il arrive, à l'opposé du chef d'entreprise qui exerce sa liberté dans les limites de la responsabilité qu'il affiche au départ et dont les contours précis vont apparaître à chaque instant du fait de la concurrence.

A cet égard, tout pousse à penser qu'avec la politique de versement d'intérêt, non seulement les hommes de l'Etat auraient une irresponsabilité encore plus élevée, mais encore les citoyens, déjà dans l'illusion, effilocheraient ce qui leur reste de la leur dans le domaine monétaire. Ils acquerraient une confiance dans les hommes de l'Etat analogue à celle que peuvent avoir les moutons dans leur berger, les boeufs dans leur éleveur.

Toutes ces dénaturations probables de l'individu, et par conséquent du peuple, sont autant de facettes du risque de perte de bien-être auxquels la politique de versement d'intérêt les expose.

Au contraire, tout laisse à penser qu'avec la monnaie concurrentielle, le nombre des citoyens qui auront confiance dans l'action des hommes de l'Etat, loin de diminuer au fil des jours, augmentera. Leur confiance en ceux-ci sera une vraie confiance, une confiance empreinte de dignité, non une confiance animale. Le nombre de griefs des personnes qui se méfient d'eux ne pourra que diminuer. Ceci poussera les hommes de l'Etat à accepter leur responsabilité, à ne plus la fuir, à l'honorer davantage et à donner une image de marque de l'Etat. Autant de facettes du risque de bien-être que le peuple court et qui disparaîtront.


2. Le laissez-faire monétaire : une tradition culturelle de l'Occident entravée par l'application d'utopies dirigistes successives sans lendemain.

La raison pratique de la préférence à accorder à la monnaie concurrentielle tient dans la tradition culturelle de l'Occident. Celle-ci repose sur le principe de l'homme et de sa liberté de choix, de son libre arbitre, un principe qui donne naissance à une application: la liberté-responsabilité de faire, le "laissez-faire". Une monnaie concurrentielle est en harmonie avec ce principe. Elle en est la conséquence spontanée en devenir.

On peut penser avec Pareto (1896) que le passé a connu la situation monétaire évoquée parce que, pendant longtemps, les économistes ont fait oeuvre de vérité scientifique, un comportement qu'à la fin du XIXème siècle, il constate en voie de disparition :

" on trouve de bonnes choses, sur la monnaie, dans ces anciens auteurs ; ils ont vu mieux les faits que certains économistes modernes, lesquels semblent plus soucieux de se concilier la bienveillance des gens qui émettent les fausses monnaies, voire même des propriétaires des mines d'argent, que de rechercher seulement la vérité scientifique.
Bodin était absolument contraire aux émissions de monnaie dépréciées.
En 1542, Scaruffi proposait que chaque pièce de monnaie portât l'indication de son poids et de son titre.
J.B Say demandait qu'on abolît les noms de franc, écu, etc., pour substituer l'indication du poids et du titre.
Cela aurait été, en effet un bon remède pour les anciennes altérations des monnaies; mais, maintenant on a perfectionné cet art par l'émission de papier monnaie" (Pareto, 1896, pp. 225n-226n).


Loin de rechercher la vérité scientifique, beaucoup d'économistes ont suscité au contraire depuis lors des utopies dirigistes dont les applications successives par les hommes de l'Etat ont entravé, voire fait perdre de vue la tradition de l'homme occidental.
Pareto parle par exemple de celle qui saisit l'Italie à la fin du XIXème siècle en ces termes :

" Le gouvernement italien attache, nous ne savons trop pourquoi, une grande importance à nier l'existence du cours forcé des billets de banque. Il s'imagine peut-être avoir changé la chose parce qu'il en change le nom en décorant le cours forcé du titre de cours légal. Ce ne serait qu'une innocente manie mégalomane, qui ne tirerait pas à conséquence, n'étaient les actes auxquels elle entraîne" (Pareto, 1893, p. 190).

Et Pareto de stigmatiser l'une d'elles en ces termes :

"Enfin, pour empêcher l'exportation de monnaie, on eut recours à des procédés renouvelés du Moyen-Age. On arrêta les gens qui voulaient passer avec de l'argent dans leurs valises. Bien plus, on fit des perquisitions au domicile des citoyens pour découvrir s'ils accaparaient la monnaie" (Ibid., p. 192)

La dernière utopie dirigiste en date, celle que nous supportons encore aujourd'hui, est apparue au XXème siècle, au lendemain de la Première guerre mondiale. Jacques Rueff la dénonça, dès son apparition, dans la décennie 1920.
Qu'est-ce qui a changé entre 1914 et cette période ? L'étape déterminante de l'étatisation de la monnaie, au prétexte de la guerre, a été franchie en France et dans le monde, les hommes de l'Etat ayant convaincu l'opinion publique qu'ils pourraient règler la rareté de la monnaie d'où venaient tous les maux, comme il le faudrait, tant dans le cadre national que dans le cadre international, si la nature de celle-ci était modifiée dans le sens qu'ils indiquaient.

Internationalement, les hommes de l'Etat convenaient en 1922 qu'entre autres, les banques centrales pourraient émettre désormais de la monnaie billet - ou dépôt - en contrepartie de créances libellées en monnaiesétrangères payables en or à un prix fixé et non plus seulement en contrepartie d'or (conférence de Gènes de 1922). Par conséquent, la banque centrale d'un pays pourrait désormais émettre, presque sans limite, de la monnaie billet ou dépôt en contrepartie de créances sur le Trésor - l'Etat d'un autre pays, des déficits budgétaires de celui-ci. On comprendra sans peine que rapidement la clause "payable en or à prix fixé" a été l'objet de discussions, d'entorses pour être finalement abandonnée cinquante années plus tard (1973).

Nationalement, un peu plus tard, les hommes de l'Etat décidèrent d'exproprier définitivement les détenteurs de monnaie, bref le peuple, du droit de convertir comme convenu les billets et dépôts qu'ils avaient en leur possession, en or au prix jusqu'alors convenu. C'est le décret de l'"inconvertibilité de la monnaie", un véritable coup d'Etat aux formes multiples. Par exemple, en 1934, les citoyens des Etats-Unis reçoivent en sus l'interdiction de détenir de l'or Conséquence, les banques centrales pourraient désormais émettre, presque sans limite, de la monnaie billet ou dépôt en contrepartie de créances sur le Trésor - l'Etat, des déficits du budget de l'Etat, et non plus seulement en contrepartie d'or et de confiance.

Avec ces décisions, les hommes oubliaient et cachaient au peuple qu'on ne peut s'opposer à un phénomène évolutif naturel, mal connu en conséquence, et le mettre derrière des barrières, qu'en supportant des coûts croissants qui deviennent un jour insupportables. Ce jour-là, les barrières se rompent, le phénomène retrouve toute l'extension qui lui était refusée ; rétrospectivement, les coûts supportés jusqu'alors apparaissent comme un pur gaspillage de richesses et un fabuleux coût de bien-être, et la politique suivie parfaitement vaine.

En l'espèce, le phénomène naturel évolutif et mal connu, c'est la tradition occidentale, la tradition de l'homme et de sa liberté de choix. C'est elle qui a conduit à ce qu'aux XIX-XXème siècles, fleurisse l'ordre de l'étalon-or en Occident malgré les obstacles étatiques, que la monnaie moyen de paiement soit émise contre or et confiance, qu'elle circule au choix du citoyen sous forme de monnaie divisionnaire ou fiduciaire (billet, dépôt), ou d'or, qu'elle circule selon sa préférence plutôt sous forme de billets ou de dépôts que sous forme d'or, pour des raisons d'économie de coûts de transaction.

C'est la tradition qui aurait conduit vraisemblablement à ce qu'à la fin du XXème siècle, étant donné la réduction de l'ignorance technologique accomplie, la monnaie soit émise en Occident seulement contre confiance, et non plus contre or, pour des raisons d'économie de coûts, et qu'elle circule, au choix du citoyen, sous forme de billet ou de dépôt ou d'autre forme. Serait apparue la monnaie-contrat, l'étalon-contrat. D'une certaine façon, les instruments financiers échangés sur les compartiments non spot récemment apparus des marchés donnent une idée de ce en quoi elle aurait pu consister pratiquement.

Bref, c'est la tradition qui devrait mener un jour à la monnaie concurrentielle, par économie de coûts là encore, quand le peuple aura compris qu'il est privé de sa liberté de choix en matière monétaire, et ainsi d'une partie de sa dignité. Aux hommes de l'Etat de comprendre que la liberté de choix ne peut être maintenue enfermée qu'à coût croissant (évalué en termes de patrimoine ou en termes de bien-être), et que, sans elle, la confiance s'ensable, la méfiance dresse ses épieux.

Au peuple de réagir et de mettre en concurrence la Banque centrale et la hiérarchie des banques qu'elles a sous tutelle avec la création de nouvelles banques ; à lui de choisir entre la monnaie étatique et les monnaies émises par ces banques plutôt que d'être sensible, aveuglément, au dernier gadget technocratique inventé pour que les hommes de l'Etat conservent leur irresponsabilité monétaire et continuent à entraver la tradition de l'homme occidental.

A lui de comprendre que le versement d'intérêt n'est jamais qu'un exemple de gadget de ce type qui, s'il réduit le risque de perte de pouvoir d'achat, augmente dans des proportions sans commune mesure le risque de perte de bien-être.

A lui de comprendre que la monnaie concurrentielle respecte la tradition, qu'elle s'inscrit en elle, et bien plus, lui fournit un support supplémentaire. De par la disponibilité de la monnaie concurrentielle, non seulement le peuple n'est pas exposé à des risques de perte extraordinaires, mais encore il en tire un avantage puisqu'elle lui donne l'occasion de perfectionner sa liberté de choix, et de rester ainsi l'homme de la Création, au lieu de devenir le boeuf de l'étable de la dernière des utopies dirigistes à la mode des hommes de l'Etat.


Notes.

"Il faut faire ici une observation que nous aurons lieu de répéter maintes fois, et c'est que les mesures prises pour obtenir un bénéfice en altérant l'équilibre économique ont deux sortes d'effets. Les premiers de ces effets sont ceux qu'on a directement en vue : ils consistent dans le transfert de la richesse de certaines personnes à certaines autres. Les secondes, qui accompagnent nécessairement les premières, consistent en une perte sèche de richesse, dans une destruction de biens économiques" (Pareto, 1896, p. 252).


J'ajouterai pour ma part "en une création de maux économiques".

Le vieux garçon est un jeu de cartes auquel tout le monde a joué un jour ou l'autre dans son jeune temps. Il se joue avec un jeu de 32 (ou 52) cartes dont on enlève au préalable trois valets pour ne conserver que le valet de pique, le "vieux garçon".Toutes les cartes distribuées, chacun des joueurs étale sur la table les paires de cartes qu'il a pu former sans tenir compte des couleurs. Ceci étant, chacun ou presque conserve par devers lui des cartes qu'il n'a pas pu apparier. C'est alors que le jeu commence. Le but du jeu est d'apparier les cartes par l'échange. Une seule ne pourra être appariée : le "vieux garçon". Successivement, chaque joueur, en commençant par le joueur à la droite du donneur, fait tirer une carte à son voisin. Celui-ci forme une paire ou conserve la carte dans son jeu et ainsi de suite.
Dans ce jeu il n'y a pas de gagnant, il n'y a qu'un perdant : celui qui aura le valet de pique en main quand toutes les autres cartes auront été appariées, moment de la fin du jeu.

Au lieu d'enlever les trois valets, tout s'est passé comme si les autorités monétaires avaient enlevé, en édictant les obligations, trois des quatre dames pour conserver l'une d'elles, et fait jouer au peuple une partie de "vieille fille monétaire".

D'une certaine façon, Maurice Allais (1987) préconise d'instaurer cette politique, mais il conseille aussi de la combiner avec les politiques macroéconomiques.

Compartiments à terme et compartiments d'options constituent ce qui est appelé aujourd'hui les compartiments "non spot" du marché. Comme toute option, les options sur indices n'existent pas en tant que telles,mais en tant qu'options d'achat ou options de vente. Une option d'achat donne à son acheteur un droit, et non une obligation d'achat à terme ; le vendeur de l'option d'achat soumet sa volonté à celle de l'acheteur. Une option de vente donne à son acheteur un droit et non une obligation de vente à terme ; le vendeur de l'option de vente soumet sa volonté à celle de l'acheteur. Il reste que l'option est un bien comme un autre.



Références bibliographiques.


Allais, M.(1987), "Les conditions monétaires d'une économie de marchés (de la réflexion sur le passé à la préparation de l'avenir)", centre d'analyse économique, Paris, 93 p., à paraître dans Pendse, S.G. (Ed.), Constituting an Economic Future : Options in Economic Design.

Claassen, E.-M. et Lane, G. (Eds.), Les Oeuvres complètes de Jacques Rueff, 4 tomes, Plon, Paris, 1978-1981.

Friedman, M. (1976), "Les solutions institutionnelles au problème de la direction monétaire", Inflation et systèmes monétaires, 2nde. ed., Calmann-Levy, Paris, pp. 259-295.

Hayek, F.A. (1978), Dénationalisation of Money - The Argument Refined (An Analysis of the Theory and Practice of Concurrent Currencies), Institute of Economic Affairs (Hobart Papers, n° 70), 2nde. ed. (complétée), février, pp. 13-140.  Conférence de presse de Hayek de 1975 A ECOUTER.

Pareto, V. (1893), "L'avenir de l'Union monétaire latine", Bibliothèque universelle et Revue suisse, octobre, pp. 5-34 ; réédité dans Busino, G.(Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 4 : Libre échangisme, protectionisme,et socialisme, Droz, Genève, 1965, pp.170-199.

Pareto, V. (1896), "Cours d'Economie Politique" ; édité dans Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 1 : Cours d'économie politique, Droz, Genève, 1964, 426p.

Rothbard, M.N. (1962), "The Case for a 100 Percent Gold Dollar", dans Yeager, L.B. (Ed.), In Search of a Monetary Constitution, Harvard University Press, Cambridge, pp. 94-136.

Rothbard, M.N. (1989), "The Other Side of the Coin : Free Banking in Chile", Austrian Economics Newsletter, winter, pp. 1-4.

Salin, P. (1982), L'ordre monétaire mondial, Presses Universitaires de France (Coll. Libre-Echange), Paris, 252p.


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