Paris, le 19 juin 2017.




1. Prix en monnaie et quantité de monnaie.


Ludwig von Mises (1881-1973) avait bien vu que tout prix en monnaie traduisait une quantité de monnaie quand il écrivait :

« Les prix ne sont pas mesurés en monnaie,
ils consistent dans de la monnaie. » (Mises, 1953, p. 664) (1).
(1) Mises, L. von (1953), « Remarques sur le traitement mathématique des problèmes de l'économie politique , Studium Generale, décembre, pp. 662-665 (traduit de l’allemand par François Guillaumat).


Et il l'a expliqué à ceux qui ne le comprenaient pas (cf. ce billet de décembre 2015).

Avant d'être dénommée "prix" par les gens, la notion a été dénommée "taux d'échange" de marchandises.

A cause de l'accord convenu par les échangistes entre (quantité de) marchandise et (quantité de) monnaie, elle est devenue "prix".


2. Temps plutôt que monnaie.

Mais, au XXème siècle, le "mainstream" économiste s'en est moqué et s'est débattu à la place, entre autres, avec le "temps" ou la "durée" (cf. ce texte audiovisuel de Etienne Klein).

N'oublions jamais que ce serait Adam Smith (1723-90) qui aurait vu dans la "matérialité" et la "durée" de la chose le point de départ de l'économie politique qu'était la "théorie de la valeur",
- si l'on en croît ce qu'a écrit en 1850 Frédéric Bastiat (1801-50) (cf. ce billet de mars 2017) et
- si on n'oublie pas qu'il n'a pas été démenti, mais qu'au contraire, son propos a été renforcé par la suite, par Vilfredo Pareto (1848-1923) en particulier, fin XIXème siècle, avant le désert du XXème siècle sur le sujet.


3. Temps et monnaie.

Reste maintenant à ce que le "mainstream" économiste se convainque néanmoins qu'en tant que tel, ce qu'on dénomme, consciemment ou non, le "temps" (ou la "durée") n'a rien à voir avec l'économie politique, une fois exclues les analogies frauduleuses avec d'autres sciences qui permettent d'y introduire le principe.


Certes, selon certains, le principe du "temps" a tout à voir avec ce qu'on dénomme "monnaie".

Benjamin Franklin (1706-90) n'a-t-il pas dit que :

                                     "Time is money" .

Acceptons un instant le propos en l'envisageant au sens premier du mot.

Etant donné les aventures que les savants font jouer au "temps" (ou à la "durée") dans leur science, et quitte à se vautrer dans des analogies, les savants économistes  le font jouer à ce qu'on dénomme "monnaie" en économie politique ...

Grande différence entre temps et monnaie qui saute aux yeux si on fait une comparaison des méthodes scientifiques :
- le savant de certaine science admet qu'il n'a jamais la capacité d'affecter le "temps" (ou la "durée") - il imagine alors en général qu'il s'écoule ... et, par conséquent, il exclut de pouvoir y construire des barrages pour le stopper ou le canaliser à sa façon - tandis que
- les savants économistes n'hésitent pas à dire qu'ils gèrent à leur façon la "monnaie" (... type "quantitative easing money process"), sans connaissance exacte des effets qu'ils provoquent ainsi - Mario Draghi est exemplaire dans la démarche - et en pensant qu'ils l'ont affectée dans le sens qu'ils désiraient en distinguant pour l'occasion ce qu'ils dénommaient "le court terme" et "le long terme".

Soit dit en passant, en plus de ces fausses notions tombées de nulle part (analogies inexactes), les attributs habituels donnés par le mainstream économiste à la monnaie pour la définir (comme ceux de "fonctions" ou de "pouvoir d'achat" ...) sont vains ...

Il en est ainsi car sont laissés de côté,
- d'une part, que ce qu'on dénomme "monnaie" a été à l'origine un intermédiaire des marchandises et rien d'autres (cf. Jean Baptiste Say, 1815) et,
- d'autre part, que les hommes de l'état qui s'en sont donnés le monopole de production, en cache l'origine.

N'ont pas lieu d'être les aventures que le "mainstream" économiste a dans l'esprit quand, reprenant les élucubrations de John Maynard Keynes de la décennie 1930, il parle du "taux d'intérêt" en relation avec la "quantité de monnaie".


4. Temps et matière.

Reste l'égalité que des savants de certaine science (cf. ce texte par exemple) aiment à établir entre espace et temps, entre matière et temps et qui les amènent à dire qu'on peut transformer du temps en matière.

Convenons que, si la réalité est telle, la démarche ne fait que rencontrer, à sa façon, le fameux "matérialisme historique" inventé au XIXème siècle par de prétendus philosophes ...


5. Coût plutôt que temps.

Aujourd'hui, le "mainstream" économiste n'aime pas rappeler qu'en économie politique:

                        "Toute action prend du temps".

Il ne sait pas comment traiter la notion d'"action humaine" ni quelle valeur donnée au "temps" ...

Joint au propos précédent "time is money", cela conduit à dire que :

                       "toute action prend de la monnaie"...

C'est un fait syllogique.


En vérité, ce fait ne devrait pas cacher que toute action menée par l'être humain lui est coûteuse, celui-ci lui donne, en effet, comme valeur un coût.
Les deux propositions sont synonymes.


Reste que la façon de s'exprimer précédente conduit à mettre l'accent
- sur quelque chose de "non défini", à savoir le "temps", qui laisse spéculer qui le veut bien et voguer de la "vitesse" à l'
"accélération" (notions non économiques), plutôt que
- sur quelque chose de "bien réel", chère aux économistes, à savoir le coût qui est considéré par celui qui en parle et qui l'amène à tenter de l'amoindrir.

On ne peut que le regretter.





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